LES BILLETS DE SÉVERINE

By | mars 8, 2018
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Les billets de Séverine

ETAT MÈRE. Contrôler les femmes dans leurs capacités de mère. Un apostolat en vigueur depuis Henri IV, d' autant renforcé encore de nos jours lorsque ces femmes sont à la tête d' une famille monoparentale, évincé des grandes thématiques de l' actualité autrement que par le viseur du bien-fondé de l'action des instances territoriales, rarement considéré publiquement par les associations et les collectifs qui luttent pour le droit des femmes. Une politique nationale et européenne docte, à la limite de la commisération, pour contrer ce phénomène  "inquiétant [de part] l' augmentation [du] nombre [de ces femmes] qui cumulent les handicaps, en plus de la présence des enfants(1)". A grand renfort de milliards et d' apostasie collective, l' appareil de surveillance à destination des femmes est un dossier classé dans suite aux corps défendant des mères, encore et toujours privées de droits politiques élémentaires.
Souhaitons que la parole de Corinne soit entendue par les élus qu' elle a décidé d' interpeller au cours de sa marche contre son désenfentement, et de celui de toutes les mères, entamée le 28 février 2018 dont l' arrivée est prévue le 28 mars 2018 à Paris.
#mamanestdebout et sur Facebook.
Séverine G**, 12 mars 2018

(1)Extrait de la circulaire européenne à propos des aspects psycho-sociaux des familles monoparentales.


FOCALE. Ce 8 mars qu'est-ce j'apprend!? Big Data annonce à tous ses utilisateurs :" Journée de la fête des droits des femmes. " Il me manquait plus que les petits fours que je n'avais pas préparé pour l'occasion, pour m'etouffer avec; seulement une pâte à crêpe pour le goûter du petit. Big Data est vraiment trop sympa, et ce n'est pas le seul :" Allez les filles, aujourd'hui on se lâche." Memorandum à toutes les avancés des droits des femmes, la pillule quotidienne qui nous rends responsables de déresponsabiliser nos hommes de leur sexualité, les heures de recherches sociologiques verrouillées par les budgets Macron, la surreprésentation des hommes dans les médias, la double journée de l'ouvrière-ménagère de moins de 50ans, la sexualité transgressive rétrograde pour laquelle on aimerait que, nous, les femmes, fassions preuve de sollicitude pour nos agresseurs, là où eux, n'en feraient aucun cas.

Trop l'éclate!! Me manquait que la barre de pole dance! Et le type pour aller avec.
Séverine G**, 10 mars 2018

Mon rendez-vous avec Madame pôle emploi c'était mal passé. J'avais eu le sentiment d'avoir fait l'objet d'une annexion de sa part sur ce qu'elle croyait être son territoire, moi, afin d'en exploiter toutes les ressources, telles les matières premières que représentent les cotisations sociales prélevées sur mes salaires à mes quelques braves employeurs retraités. Entre autres.

Ce qui occasionna quelques menues interférences dans notre échange : "Madame pôle emploi, êtes-vous en train de me dire là, que j'ai une gueule à sucer? Un élu? Un cadre?? Un avocat!?" La symptomatique de l’efficience de mon propos semblait avoir touché son but. Elle s'empressa de décrocher son téléphone, d'annuler le rendez-vous prévu après le mien, et de m'expliquer en langue de bois le fondement de son raisonnement. Fort heureusement, je prévalais de certaines dispositions linguistiques préalablement acquises lors d'interventions de différents présidents, ministres ou encore députés que j'avais successivement vu et entendu par hasard à la télévision. Mon banquier se débrouillait pas mal non plus, ce qui avait eu force de parfaire mon niveau de compréhension. Je pus décrypter qu'elle insistait pour focaliser mon orientation sur un poste de femme au foyer à temps plein et qu'à la condition de faire montre d'emporwement j'avais toute mes chances pour ne pas rester suppléante et décrocher un "CDI (Coup à Durée Indéterminée)". De toute évidence, selon elle, j'avais le profil du poste, des compétences apparentes, ça ne bousculait pas la doxa, et ça faisait toujours son petit effet chez l'acquéreur de ce qu'elle m'estimait être. Une plante verte.
Je suis sortie de mon agence pôle emploi quelque peu dépitée, CV dans une main, traînant du pied pour aller glaner quelques miettes de mon pain quotidien, évaluant néanmoins de manière circonspecte mon récent outplacement avec la perspective d'une évolution de CDD précaires en séries qui me laisserait partiellement sous tutelle étatique, étriquée dans la petite case "Reste chez toi", laquelle avait progressivement remplacé depuis une cinquantaine d'années la tutelle à la case "Chez toi tu resteras". Ma considération suivait son cours quand soudain, mon postérieur fut brutalement envahit par la main d'un homme. Il avait la force du nombre et ses acolytes riaient grassement. De verte je commençais à devenir rouge. Cela faisait quand même la deuxième expansion du territoire d'autrui dans l'espace de mon intégrité physique et morale depuis ce matin et je me demandais si ma tutelle étatique devait s’accommoder d'une sorte d'état d'exception dès que j'évoluais dans l'espace public, bien que j'estimais que mon corps n'en était pas un.
Mon esprit se laissa aller à de brèves théories discursives quand à propos de mon statut -non consenti- de plante verte largement cultivé par un environnement propice à sa floraison, lequel m'apparaissait désormais s'étendre à toute une plantation de cannes à sucre.
Je me décidais à faire acte de procrastination et j'emboîtais le pas, direction l'Agora de copains militants. A mon arrivée je les trouvais fort affairés par toutes sortes de missions civilisatrices, dont le but et l'objet ressemblaient à s'y méprendre à une uniformisation de la liberté, munis, pour la plupart, d'un pavé dans la main, prêts à le lancer au nom de cette même liberté. Pour ma part j'émettais des réserves sur la méthode.
Je me risquais alors à aborder l'histoire de la plantation de cannes à sucre ce qui eut pour conséquences de me mettre face à tout un agglomérat de néologismes ponctuant les discours des uns et des autres à propos de l'urgence imminente de me faire prendre conscience de mes privilèges liés à ma position de cis-genre hétéro blanche, force de statistiques à l'appui; une féministe instruite me colla dans la face le désormais célèbre article de Peggy Mc Intosh "Privilège blanc déballer le havresac invisible", et je souhaitais vivement qu'elle en reste là car derrière elle il y avait toute une bibliothèque bien achalandée, tandis qu'un autre camarade rebondissait sur l’intersectionnalité, et il fut même question de "colorblindness" alors que Momo tentait de me sauver la mise en évoquant une possible neuroatypie.
Telle Aonamé, l’héroïne de Murakami dans IQ84, j'avais l'impression d'avoir surtout le privilège d'évoluer dans un monde étrange et que moi aussi, il fallait que je m'acclimate le mieux possible à ce monde lourds d'interrogations.
Je tentais d'embrayer sur la détente en leur disant qu'être une femme libérée, "vous savez c'est pas si facile." Je fis choux blanc. Je tentais le jeu des armes féminines institutionnalisées, douceur, tolérance et babillages en tout genre. Ce fut peine perdue et de verte à rouge je virais au rire jaune en avisant qu'il serait préférable à l'avenir de dire blanc même si je pensais noir, bien que finalement le mieux c'était peut être de me taire. La possibilité de faire appel au dealer légal, officiant dans la rue adjacente au QG, s'installa subrepticement dans mon esprit car à présent chaque tonalité émise par l'index appuyé sur les touches du smartphone, représenté en la personne morale de Siemens, du camarade assis à ma gauche sonnait à mes oreilles tel un bruit de toux émise par des enfants travaillant à la surface des mines de cobalt de la RDC, composant essentiel des batteries rechargeables de type lithium-ion dont l'inhalation des poussières nées de l'extraction provoquent des maladies mortelles et qu'un smartphone, distribué quasi gratuitement en occident par les opérateurs de téléphonie mobile, contient entre 30 et 40 minerais différents.
La crise de nerf n'était pas loin. Tout concordait,la doxa, la plante verte, les annexions territoriales, la bibliothèque, l'ombre des arbres des plantations qui semblait être devenu la sécurité de beaucoup de défenseurs des droits humains, Siemens et Bayer pour ma crise de nerf.
J'eus alors envie de crier; crier pour que quelqu'un, au moins quelqu'un m'entende. Crier d'un de ces râles d'un vainqueur ou d'un perdant, car tout bien soupesé je trouvais qu'ils se ressemblaient beaucoup, crier comme une ultime provocation, crier tant que j'étais encore en vie. Crier sans haine, mais crier. Pas comme une démente, pas non plus comme une hystérique.
Crier pour tous mes compagnons d'infortune, crier pour mes compagnons trop longtemps enfermés dans les geôles des prisons françaises, crier pour mon fils, crier contre mon père enrôlé trop tôt à la guerre, crier :" Françaises, Français, m'avez-vous compris?" Es-ce-que cela allait choquer leurs oreilles et leurs certitudes autant que mon corps l'avait été par toutes ces mains, par toutes ces bouches, par tous ces sexes d'hommes pendant tant d'années avec mon consentement vicié? Allait-t-on m'accuser pour vice de forme? Pour attentat à la morale? Mais tout le monde avait déserté.
C'est à ce moment que j’aperçus dans un coin de la pièce un jeune homme à la peau couleur d'ébène. Il avait suivis toute la scène depuis mon arrivée dans les locaux du QG. En silence mais attentif. De cette attention farouche et constante, bien que pondérée, celle qui s'acquiert par la nécessité de survivance lorsque parfois, le destin ou la vie, nous plonge dans l'inconfort d'eaux troubles qui agitent nos haines, avec pour seules ressources nos instincts les plus primaires. Nos regards se croisèrent. Ses yeux étaient cernés autant que je me sentais l'être à cet instant; une indicible sensation d'être sondée en profondeur me traversa, une mise à nue, sans curiosité malsaine ou déplacée, opérée par son regard vide d'envie. Puis, imperceptiblement, ses lèvres qui semblaient ne plus jamais pouvoir sourire me murmurèrent : "Venez madame, allons dehors marcher un peu."
Nos chemins se séparèrent devant le foyer qui l'hébergeait. Et nous sommes repartis, chacun sur notre route, avec pour repère le monde entre nos mains.

Séverine G**, 8 mars 2018 Pour presselibre.fr


BALANCE TON PAING D' WAX
Ce matin, toutes les conditions étaient réunies! Mon mec s' était barré en claquant la porte, les enfants s' éclataient en colo, j' avais téléphoné à mon boss pour lui signifier que je me portais pâle pour la journée et la pile de linge sale me faisait sérieusement la gueule! Tous les paramètres contingents à une bonne session de surf étaient au top et j' avais checké au moins 30 fois les conditions météo dès l' heure respectable de 4h30 du matin, histoire d' être sûre, sûre mais vraiment sûre de mon plan. Autant dire que j' étais au taquet, ce qui n avait pas manqué d' échapper à mon partenaire et avait déclenché sa suspicion sur les relations étroites que j' entretenais avec ma board, et le soin et l'entretien que j'apportais aux enfants ainsi qu' à mes relations sociales en générales. D'où son départ inespéré autant qu'attendu aux aurores matinales. En chargeant le matos je m'étais même fixé le challenge de passer l'aspirateur au moins une fois par semaine dans la voiture tant la quantité de sable accumulé avait de quoi détourner l'attention des mômes de la plage. La grosse motivation quoi!! Je réalisai d'ailleurs à cet instant qu'une pratique de surf intensive étendue à toute les mères de l'hexagone, au minimum, pourrait porter à de néfastes répercussions sur l'ordre social nécessaire à la bonne marche du pays si toutes les mères commençaient à se désister des tâches inhérentes à leur maternité, telle que faire bouffer des pâtes toute une semaine aux mômes et à leur mec parce que là, la météo collait bien avec leur plan. Un peu comme les pâtes. Bref, c'est tipart pour la session de ouf que je m'étais bien programmé dans ma tronche! Sauf que quand je suis arrivée au dit spot plus rien de ce que j'avais prévu ne se déroule comme prévu! Le vent est "dedans" et la perspective d'une bonne session s'amenuise au fur et à mesure que je voyais les vagues déferler. J'en profite au passage pour informer la lectrice ou le lecteur non initié que ce genre d'aléas est assez fréquent dans le milieu et on n'a pu observer des couples, en particulier quand la femelle est en phase de lunaison, s'entredéchirer conséquemment à ce genre d'évènements. J'espère d'ailleurs avoir l'occasion, dans un un prochain billet, de revenir sur la situation où "la" femme commence à se démarquer de "l'"homme dans leur pratique respective, ce qui peut créer un profond désarroi et une perte totale de repère chez le mâle dominant, déjà bien en flottement, de fait.
C'est à ce moment que je remarquais Fifi, surfeur à perpétuité, perplexe et désorienté ce qui le conduisit à m'adresser la parole en me tenant des propos incohérents, voire complètements irrationnels : "Il est bizarre ce vent, tu trouves pas? Regarde!! Ça forme(la vague, ndlr)! J'te dis que ça va former au descendant!" Je trouvais qu'il commençait à délirer sérieusement parce que le vent n'avait rien de bizarre, il avait simplement tourné, au mauvais moment, au mauvais endroit, certes, que le plan d'eau était bel et bien foutu pour notre session communément rêvé c'est certain mais que ce n'était pas une raison pour se laisser aller à ce point. Là aussi, je me permet d'informer le novice que cette étape de déni est relativement commune aux surfeurs, ce qui peut les emmener à attendre, en vain, devant le spot, parfois même des heures durant sans que rien n'évolue. Et je présentais que Fifi était mal barré.
Après ce bref échange, je commençait à entrevoir que mon programme allait rentrer dans un autre paradigme et que moi aussi j'étais mal barré pour que mon surf se déroule comme je l'escomptais. Je repensais alors à toute les engueulades que j'avais délibérément provoqué avec mon partenaire, en vue d'aller surfer, que c'était quand même la 4ème fois ce mois-ci que je mentais à mon patron et que j'allais bientôt manquer d'arguments crédibles pour couvrir mes sessions, que les gosses rentraient demain de la colo, qu’ils n'avaient plus de chaussettes-slips-pantalons-pullovers propres à se mettre, que nous étions mi-février et que les températures avoisinaient les moins 2°C. J'expérimentais alors d'intenses sentiments de culpabilité, me sentant à la fois responsable et victime de la situation météorologique qui m'étais faite. Pile poil dans l'humeur collective du moment concernant les femmes de l'après #balancetonporc sauf que là il s'agissait de l'état de la mer et qu'en dépit de mon état émotionnel présent je n'avais pas l'intention de rester au niveau zéro. Pourtant je percevais le risque imminent pour que je rentre dans une phase de dépression, de baisse de moral et que je me résigne à regagner mon domicile sans avoir surmonté le choc de la perte de cette session. La réconciliation avec mon partenaire deviendrait alors obsolète, hors de propos, mes enfants prenaient le risque d'être exposés à des négligences parentales de la part de leur mère surfeuse ( cf pile de linge sale), la véracité des excuses que je pourrai continuer de trouver auprès de mon patron diminuaient en une proportion équivalente à la qualité fantasmée des vagues et toute tentative de repêcher Fifi naviguant sur une barque en délire semblait être perdue jusqu'à la prochaine bonne session.
A cet instant même, un grand oiseau blanc passa au dessus de ma tête. "C'est un cygne", me dis-je. Je réalisais alors qu'une pratique intensive de surf, même en cas de prévisions météo foireuses, m'excluait définitivement d'une consommation liée à toute sorte de produits illicites.
Finalement la journée était quand même belle et je me décidais à enfiler ma combinaison, et comme nous étions en hiver, je me risquais à enfiler ma cagoule, un élément propice en cette saison, tout en priant pour que je ne croise pas un homme en bleu non avisé de la pratique du surf féminin en hiver et qu'il ne me colle pas une amende pour m'être couverte de noir de la tête au pied.Ici, on aime pas beaucoup.
Pendant que je me dirigeais combinée, cagoulée, board sous le bras, vers les eaux froides qui semblaient n'attendre que moi, compte tenu qu'en cette saison, l'île où je réside se dépeuple d'un grand nombre de ses surfeurs partis "se la faire" dans des eaux plus clémentes à leurs ambitions au niveau zéro, celui de la mer, je pensais à toutes ces femmes de ces contrées chaudes où "la confrérie" se plaisait à résider en hiver, troquant allègrement un dénuement moral pour un dénuement tout court, avec les applaudissements de leurs mamans, tantes, cousines et amies, toutes aussi enclines à prendre la voie des airs vers des zones plus chaudes en cette saison, pratiquant le même marchandage immoral que leurs homologues masculins et ne se souciant guère de leur manque de classe. De classe ouvrière, bien sûr!
Séverine G** ridding chez la yhaute, Oléron, 24 février 2018


Affaire TARIQ RAMADAN.

"Je me mêle de ce qui me regarde [...] si il y a une chose que le monde déteste, c'est une femme qui se mêle de ce qui la regade."( Lettres à sa fille de Calamty Janes)   La parité intellectuelle au sein de la gente féminine? Un sujet qui pose des questions liées à la construction du genre, à la différence de classe ou à l'environnement socio-culturel.
 Les femmes, et les hommes, reçoivent des injonctions liées au genre dès leur plus jeune âge. Leurs avis comptent moins que ceux des hommes, on les préfèrera passive (une attitude docile, clef de voute qui les mènera à une volupté inhérente à la disponibilité sexuelle que la société attends d'elles; Simone de Beauvoir avait remarquablement abordé le sujet);écouter plutôt que parler, acquiescer plutôt que contredire, Des faits qui se confirment encore de nos jours, dans les milieux professionnels, familiaux, socials, religieux et politiques. On les préfèrera suppléantes plutôt que dirigeantes. Une femme qui dirige sera considérée comme suspecte ou "comme un homme", une usurpatrice au mieux, un statut le plus souvent acquis par la cooptation du père, de la famille, du mari, de l'amant ou lorsque l'image féminine dirigeante aura une visée stratégique, parfois celle de les voir échouer. Dans ce cas, celui où elle dirige donc, elle sera rarement considéré pour des qualités propre à sa féminité, elle fera "exception". On remettra plus aisément sa parole en question, n'hésitant pas à lui couper la parole, ne lui laissant pas le temps de terminer son argumentaire, même si il s'agit de choses banales, et ce, le plus naturellement du monde, les hommes affirmant ainsi leur supériorité intellectuelle "l'air de rien mine de rien". On recadrera aussi facilement le propos d'une femme, même si il est juste et assorti d'une "expérience de terrain", laquelle pourrait servir de complémentarité aux intellectuelles et aux intellectuels ayant fait leurs armes sur les bancs des
Ces derniers propos m'emmènent donc directement à cette parité intellectuelle au sein de la gente féminine. Les intellectuelles féministes se nourrissent de l'expérience des femmes au bas de l'échelle social, leur réalité sociétale étant autrement plus confortable, d'un point de vue généraliste, il va s'en dire. Difficile d'admettre qu'une mère "isolée" percevant les minima sociaux mais pouvant néanmoins se permettre un loyer à 600 euro et/ou confortablement meublé ainsi qu'une participation financière non négligeable à l'entretien d'une berline de gamme moyenne puisse englober la même vision intellectuelle à propos de la condition des femmes, qu'une mère "isolée", employée de ménage , inconfortablement logée, dont l'entretien et l'acquisition d'un véhicule ne se fera pas sans imputer une somme conséquente à son budget, lui évitant rarement un accompagnement social, et dont, certains mois, ses maigres revenus contribueront à entretenir sa ligne de sylphide! Ce qui ne signifie pas que leurs avis et leurs positions intellectuelles divergent au point de s'opposer radicalement! Et qu'en sera-t-il d'une femme vivant grâce aux revenus de son mari? Ou d'une femme ayant fait le choix de l'homosexualité? C'est pourquoi tous les avis comptent!                     Notons que la construction de genre (un  débat de plus en plus présent dans la sphère publique), le niveau d'études, le milieu social et familial influencera très certainement la prise de parole en public par les femmes.                                                                              En règle général, quand les femmes se retrouvent entre elles, les temps de parole sont respectés, à contrario d'une réunion mixte, ce qui conduit les militantes féministes et L.G.B.T. a  privilégier les regroupements non-mixtes [mon propos s'applique bien sûr aux sociétés occidentales modernes]. Ce qui n'empêche en rien les femmes, quand elles se retrouvent seules entre elles d'être très volubiles, et pour cause! Trait de caractère inhérent à la féminité et/ou que la culture environnante a rendu inhérente à la féminité en plus de l'avoir fait assimiler comme sans intérêt dans son contenant?                                                                                       Mais nous subissons aussi, entre nous, le rapport de classe et ce n'est (peut être?) pas dans l'intérêt des féministes "en tête de liste", réunies en associations ou en collectifs d'avancer sur la question. Pour ma part je ne compte pas  que ce changement à propos du rapport de classe et de la parité intellectuelles au sein du corpus féminin puisse être pris à bras le corps par des influentes fonctionnant le plus souvent en réseaux très fermé, de même que leur raisonnement rarement accessible aux néophytes, mais néanmoins utile à la cause. La parité intellectuelle est souvent respectée entre femmes dans les plus petites unités sociales que sont la famille ou les réseaux d'ami.es, au travail aussi à niveau de poste égal. Notre société accorde une importance capitale au statut professionnel duquel découlera inextricablement le statut social et la respectabilité qui l'accompagne. Ce n'est pas le cas dans tous les pays. Ainsi, dès qu'il s'agit de questions d'ordre féministe [je trouve ce terme extrêmement réducteur pour 2018, car maintenant les femmes dans un carcan, les réduisant à une vision étroite ne pouvant les emmener à faire valoir leurs paroles autrement que dans un champs politique plus vaste, en atteste la répartition des ministères régaliens par ex.), au sein même de la gente féminine, on accréditera les propos de celle dont le statut professionnel ou le niveau d'étude "a fait ses preuves"; ou alors on lui intimera, sauf cooptation, de s'en référer à la norme genrée, à défaut pouvant être définie comme sexuellement active. Dans ces différents cas,  elle pourra accéder à une parité intellectuelle dans les sphères féministes et militantes. Mais il est rare qu'une femme ne disposant non pas d'un bagage intellectuel suffisant mais d'un statut social et professionnel en conséquence  se risque à s'investir dans des démarches ayant trait au droit des femmes. Même pour donner un avis! Le plus souvent, les femmes issues des classes populaires, à la verve et au comportement - quoiqu'on en dise! - plus tranchante et plus vif que leurs consœurs intellectuelles, pourront leur servir de tremplin mais finalement, resteront sur la touche! Contraintes d'évoluer en autonome. Pour le reste, en Occident, comme ailleurs, les femmes n'en finissent pas de babiller ou de faire la grosse voix au creux de l'univers domestique une fois les portes tirées, la parole politique, la seule reconnue, leur étant confisquée!                                             Séverine G**, 10 février 2018

1968 - 2018. "C'est tout de même épatant, et pour le moins moderne, un dominant qui vient chialer que le dominé n'y met pas assez du sien." Virginie Despentes King Kong Théorie

Le Monde, Causeur.fr, Valeurs Actuelles ou encore tres récemment Marianne. Le pris parti des grands groupes de la presse française et plus généralement des médias s'affichent comme hostile à la parole des femmes. "Les Weinstein, certaines femmes s'en accommodent très bien" ( 18 octobre 2017, IIngrid Riocreux). Déni, mépris, remarques déstabilisantes, interventions quotidiennes " des clients dont on s'indignent des saillies politiques pour mieux les réinviter le lendemain" (Acrimed) relayant des propos qu'ils voudraient faire assimiler au plus grand nombre comme une simple "dispute" (Tobbie Nathan) entre les deux parties. Le dernier crû des médias généralistes en pleine propagande de détournement : la "une" de Marianne pour laquelle ils invoquent un humour douteux sous entendu que les femmes violées de l'ère #balancetonporc n'en ont pas. Causeur s'était déjà emparé de ce trait d'esprit" humoristique"en publiant en novembre une première de couverture affichant une femme vêtu de style paléolithique, mais tout de même sexuellement bankable, produit phare du " marché à la bonne meuf", trainant par les cheveux un homme, pas du tout, lui,sorti d'une époque ancestral. On remercie donc ici, les éditeurs de mettre en avant avec autant de subtilité leur point de vue à propos de la condition féminine. Trop drôle! Manquerai plus qu'une bonne petite blague bien grivoise et je serai pliée de rire.
Ainsi, dans le brouhaha immense du choeur des femmes "il est des voix qu'on peine à entendre. Celle des hommes." Parce que oui, c'est bien connut, passé 2000 ans de culture judéo-chrétienne à grand renfort d'Inquisition, nous n'entendons qu'elles, ces éternelles tentatrices libidineuses au service du Malin, lesquelles n'en finissent pas d'attenter à notre chère liberté d'expression et seraient même susceptibles de mener la société toute entière sur la voie de la totalitarisation ou de nous faire "se retrouver comme en 39" (Joey Star). À ce stade j'ai hésité entre le Xanax ou reprendre la cigarette avec une grosse option pour un couvre feux à 20h.
Comme si les femmes étaient à ce point "mauvaises" qu'il serait urgent que des hommes à l'érudition tapageuse, et influents de surcroît, puissent enfin défendre la gente masculine d'accusations, pointées comme de la délation, de la part de femmes ayant conquis leur émancipation depuis belle lurette. Une évidence selon Diane de Bourguesdon, affirmant "de la parfaite égalité entre l'homme et la femme par la religion chrétienne dès l'époque romaine." J'ai rallumé une clope, la boîte de Xanax était vide.
Étonnant de la part de ces élitaires réactionnaires - à la perception sociétale réduite - d'être doté d'une mémoire à ce point sélective pour ne retenir que ce qui les arrangent à propos de l'involution, euh pardon de l'évolution - le doute m'habite - enfin bref de la place et du rôle des femmes dans la société française. On applaudit les pirouettes imbéciles, maniant habilement l'art du discours contradictoire afin de se faire passer eux-mêmes pour des victimes désignés de la perversité féminine. Non, toutes les femmes de l'après Weinstein n'ont pas "assimilé tous les comportements masculins à des viols" (Jacques Julliard, Marianne).Et je constate tous les jours que beaucoup d'hommes ne se sentent pas directement visé par cette vague de dénonciation, peut-être parce qu'ils ont assimilé les notions de consentement et de non consentement, ou sont en train d'y réfléchir, en silence, pour ne pas entraver la parole des femmes, et n'éprouvent pas le besoin de se soustraire aux odieux assauts de femelles suceptibles de mettre en péril la liberté sexuelle, celle-là même qui n'arrangent que les importuneurs.
Cette dernière saillie de la part de la presse populaire pourrait ne pas porter à la polémique si elle n'était pas assorti de répétitions excessivement provocantes de la part des éditocrates à vouloir s'emparer de la cause des femmes, surtout à cause des femmes. "On" alimente la controverse, soutenant un point de vue tout en défendant un autre, monopolisant délibérément le débat et paralysant toute discussion qui permettrait de trouver une solution. Que penser de l'éditorial de Monsieur Julliard dans Marianne, teinté de sous entendus, d'allusions, de remarques désobligeantes "à petites touches" faisant ainsi la part à la négation de l'Autre et de sa souffrance, entretenant ainsi la confusion car sous-jacent à un discours qui se veut séducteur et se vante d'être compréhensif et amical mais qui ne fait que manipuler les apparences avec brio? À l'instar de ses pairs.
Je suis pour la libre circulation des corps et des idées, et pour la liberté sexuelle à condition qu'elle ne soit pas associé à l'obligation absolue de baiser. Mais je suis tout à fait contre le fait qu'une obsession tourne au rapport de force. Je suis contre le fait qu'il me faudrait accepter de recevoir sporadiquement des remarques, des réflexions ou des sous-entendus à connotation sexuelle et non sollicités. Je suis contre les injonctions culturelles qui intiment aux femmes d'être passives, douces ou tolérantes dans n'importe quelle circonstances, lesquelles injonctions, qu'elles soient assimilées par le collectif comme la norme référente , ou l'inverse quand elles ne sont pas respecté , conduisent invariablement les femmes vers une aliénation certaine. Instillant de façon perverse et sournoise que l'intégrité physique et psychique d'un homme est plus importante que celles d'une femme.
Enfin je revendique le droit de jouer avec les armes masculines et d'être moi aussi réactionnaire à toute sorte de comportements, paroles ou attitudes auquels je n'aurait pas consenti. Plus subtilement, dans le registre des violences faites aux femmes, les marques de condescendance et les regards désapprobateurs ont toute leur place pour remettre les femmes "à leur place."
C'est une condamnation à perpétuité.
Séverine G**, 21 janvier 2018