LES BILLETS DE SÉVERINE

By | janvier 24, 2018

Le billet de Séverine

Affaire TARIQ RAMADAN.

"Je me mêle de ce qui me regarde [...] si il y a une chose que le monde déteste, c'est une femme qui se mêle de ce qui la regarde."(Lettres à sa fille de Calamity Janes) La parité intellectuelle au sein de la gente féminine? Un sujet qui pose des questions liées à la construction du genre, à la différence de classe ou à l'environnement socio-culturel. Les femmes, et les hommes, reçoivent des injonctions liées au genre dès leur plus jeune âge. Leurs avis comptent moins que ceux des hommes, on les préfèrera passive (une attitude docile, clef de voute qui les mènera à une volupté inhérente à la disponibilité sexuelle que la société attends d'elles; Simone de Beauvoir avait remarquablement abordé le sujet);écouter plutôt que parler, acquiescer plutôt que contredire, Des faits qui se confirment encore de nos jours, dans les milieux professionnels, familiaux, socials, religieux et politiques. On les préfèrera suppléantes plutôt que dirigeantes. Une femme qui dirige sera considérée comme suspecte ou "comme un homme", une usurpatrice au mieux, un statut le plus souvent acquis par la cooptation du père, de la famille, du mari, de l'amant ou lorsque l'image féminine dirigeante aura une visée stratégique. Dans ce cas, celui où elle dirige donc, elle sera rarement considéré pour des qualités propre à sa féminité, elle fera "exception". On remettra plus aisément sa parole en question, n'hésitant pas à lui couper la parole, ne lui laissant pas le temps de terminer son argumentaire, même si il s'agit de choses banales, et ce, le plus naturellement du monde, les hommes affirmant ainsi leur supériorité intellectuelle "l'air de rien mine de rien". On recadrera aussi facilement le propos d'une femme, même si il est juste et assorti d'une "expérience de terrain", laquelle pourrait servir de complémentarité aux intellectuelles et aux intellectuels ayant fait leurs armes sur les bancs de la faculté. Ces derniers propos m'emmènent donc directement à cette parité intellectuelle au sein de la gente féminine. Les intellectuelles féministes se nourrissent de l'expérience des femmes au bas de l'échelle social, leur réalité sociétale étant autrement plus confortable, d'un point de vue généraliste, il va s'en dire. Difficile d'admettre qu'une mère "isolée" percevant les minima sociaux mais pouvant néanmoins se permettre un loyer à 600 euro et/ou confortablement meublé ainsi qu'une participation financière non négligeable à l'entretien d'une berline de gamme moyenne puisse englober la même vision intellectuelle à propos de la condition des femmes, qu'une mère "isolée", employée de ménage , inconfortablement logée, dont l'entretien et l'acquisition d'un véhicule ne se fera pas sans imputer une somme conséquente à son budget, lui évitant rarement un accompagnement social, et dont, certains mois, ses maigres revenus contribueront à entretenir sa ligne de sylphide. Ce qui ne signifie pas que leurs avis et leurs positions intellectuelles divergent au point de s'opposer radicalement! Et qu'en sera-t-il d'une femme vivant grâce aux revenus de son mari? Ou d'une femme ayant fait le choix de l'homosexualité? C'est pourquoi tous les avis comptent! Notons que la construction de genre (un débat de plus en plus présent dans la sphère publique), le niveau d'études, le milieu social et familial influencera très certainement la prise de parole en public par les femmes. En règle général, quand les femmes se retrouvent entre elles, les temps de parole sont respectés, à contrario d'une réunion mixte, ce qui conduit les militantes féministes et L.GBT à

" Être captif, là n'est pas la question, il s'agit de ne pas se rendre. Voilà." Nãzim Billet

Une parole qui dénonce est-t-elle le signe que l'individu est libéré ? Quel traitement la société réserve-t-elle à la parole des femmes quand elle ose s'élever pour remettre en cause un ordre hiérarchique, celui qui atteste de la supériorité de l'homme sur la femme ?
Délicat enchevêtrement d'implications sociétale, morale, philosophique, politique et religieuse.
Un condamné pourra dénoncer "jusqu'au bout", libérer sa parole empêchera-t-il sa condamnation ?
La libération d'un oppressé remettra certainement en cause l'amour propre de l'oppresseur, mais au delà, cette attitude de déni qu'ont les violeurs, démasqués par leurs victimes, publiquement, de se placer en éternelles victimes ne serait-t-il pas un moyen de se protéger de troubles plus grands ?
Être libéré c'est sortir de l'état de victime, sortir d'une triade "victime-bourreau-coupable". Alors voilà, plutôt que de libération peut-être que dans un premier temps nous pourrions envisager de parler d'opposition ?
Pour ce qui est de la libération de "la" femme, celà dépendra du niveau de réflexion de chacune.
Une victime demandera de l'aide. Un individu libéré apportera son aide. Il appartient à chacunes et à chacuns de se libérer du connut, des entraves liées au conditionnement, d'utiliser aussi tous les outils que la société met à leur disposition pour s'élever au rang d'architecte d'une société nouvelle.
Du reste, pour les quelques détracteurs de la cause des femmes, imminents intellectuels ou editocrates qui se gaussent que l'on entende jamais les femmes de chambre, les employées au bas de l'échelle, celles réduites aux minima sociaux, les femmes qui subissent la violence de la rue et bien pour ma part c'est chose faite. Voilà.
Séverine G**, 3 février 2018.

1968 - 2018
" C'est tout de même épatant, et pour le moins moderne, un dominant qui vient chialer que le dominé n'y met pas assez du sien." Virginie Despentes King Kong Théorie

Le Monde, Causeur.fr, Valeurs Actuelles ou encore tres récemment Marianne. Le pris parti des grands groupes de la presse française et plus généralement des médias s'affichent comme hostile à la parole des femmes. "Les Weinstein, certaines femmes s'en accommodent très bien" ( 18 octobre 2017, IIngrid Riocreux). Déni, mépris, remarques déstabilisantes, interventions quotidiennes " des clients dont on s'indignent des saillies politiques pour mieux les réinviter le lendemain" (Acrimed) relayant des propos qu'ils voudraient faire assimiler au plus grand nombre comme une simple "dispute" (Tobbie Nathan) entre les deux parties. Le dernier crû des médias généralistes en pleine propagande de détournement : la "une" de Marianne pour laquelle ils invoquent un humour douteux sous entendu que les femmes violées de l'ère #balancetonporc n'en ont pas. Causeur s'était déjà emparé de ce trait d'esprit" humoristique"en publiant en novembre une première de couverture affichant une femme vêtu de style paléolithique, mais tout de même sexuellement bankable, produit phare du " marché à la bonne meuf", trainant par les cheveux un homme, pas du tout, lui,sorti d'une époque ancestral. On remercie donc ici, les éditeurs de mettre en avant avec autant de subtilité leur point de vue à propos de la condition féminine. Trop drôle! Manquerai plus qu'une bonne petite blague bien grivoise et je serai pliée de rire.
Ainsi, dans le brouhaha immense du choeur des femmes "il est des voix qu'on peine à entendre. Celle des hommes." Parce que oui, c'est bien connut, passé 2000 ans de culture judéo-chrétienne à grand renfort d'Inquisition, nous n'entendons qu'elles, ces éternelles tentatrices libidineuses au service du Malin, lesquelles n'en finissent pas d'attenter à notre chère liberté d'expression et seraient même susceptibles de mener la société toute entière sur la voie de la totalitarisation ou de nous faire "se retrouver comme en 39" (Joey Star). À ce stade j'ai hésité entre le Xanax ou reprendre la cigarette avec une grosse option pour un couvre feux à 20h.
Comme si les femmes étaient à ce point "mauvaises" qu'il serait urgent que des hommes à l'érudition tapageuse, et influents de surcroît, puissent enfin défendre la gente masculine d'accusations, pointées comme de la délation, de la part de femmes ayant conquis leur émancipation depuis belle lurette. Une évidence selon Diane de Bourguesdon, affirmant "de la parfaite égalité entre l'homme et la femme par la religion chrétienne dès l'époque romaine." J'ai rallumé une clope, la boîte de Xanax était vide.
Étonnant de la part de ces élitaires réactionnaires - à la perception sociétale réduite - d'être doté d'une mémoire à ce point sélective pour ne retenir que ce qui les arrangent à propos de l'involution, euh pardon de l'évolution - le doute m'habite - enfin bref de la place et du rôle des femmes dans la société française. On applaudit les pirouettes imbéciles, maniant habilement l'art du discours contradictoire afin de se faire passer eux-mêmes pour des victimes désignés de la perversité féminine. Non, toutes les femmes de l'après Weinstein n'ont pas "assimilé tous les comportements masculins à des viols" (Jacques Julliard, Marianne).Et je constate tous les jours que beaucoup d'hommes ne se sentent pas directement visé par cette vague de dénonciation, peut-être parce qu'ils ont assimilé les notions de consentement et de non consentement, ou sont en train d'y réfléchir, en silence, pour ne pas entraver la parole des femmes, et n'éprouvent pas le besoin de se soustraire aux odieux assauts de femelles suceptibles de mettre en péril la liberté sexuelle, celle-là même qui n'arrangent que les importuneurs.
Cette dernière saillie de la part de la presse populaire pourrait ne pas porter à la polémique si elle n'était pas assorti de répétitions excessivement provocantes de la part des éditocrates à vouloir s'emparer de la cause des femmes, surtout à cause des femmes. "On" alimente la controverse, soutenant un point de vue tout en défendant un autre, monopolisant délibérément le débat et paralysant toute discussion qui permettrait de trouver une solution. Que penser de l'éditorial de Monsieur Julliard dans Marianne, teinté de sous entendus, d'allusions, de remarques désobligeantes "à petites touches" faisant ainsi la part à la négation de l'Autre et de sa souffrance, entretenant ainsi la confusion car sous-jacent à un discours qui se veut séducteur et se vante d'être compréhensif et amical mais qui ne fait que manipuler les apparences avec brio? À l'instar de ses pairs.
Je suis pour la libre circulation des corps et des idées, et pour la liberté sexuelle à condition qu'elle ne soit pas associé à l'obligation absolue de baiser. Mais je suis tout à fait contre le fait qu'une obsession tourne au rapport de force. Je suis contre le fait qu'il me faudrait accepter de recevoir sporadiquement des remarques, des réflexions ou des sous-entendus à connotation sexuelle et non sollicités. Je suis contre les injonctions culturelles qui intiment aux femmes d'être passives, douces ou tolérantes dans n'importe quelle circonstances, lesquelles injonctions, qu'elles soient assimilées par le collectif comme la norme référente , ou l'inverse quand elles ne sont pas respecté , conduisent invariablement les femmes vers une aliénation certaine. Instillant de façon perverse et sournoise que l'intégrité physique et psychique d'un homme est plus importante que celles d'une femme.
Enfin je revendique le droit de jouer avec les armes masculines et d'être moi aussi réactionnaire à toute sorte de comportements, paroles ou attitudes auquels je n'aurait pas consenti. Plus subtilement, dans le registre des violences faites aux femmes, les marques de condescendance et les regards désapprobateurs ont toute leur place pour remettre les femmes "à leur place."
C'est une condamnation à perpétuité.
Séverine G**, 21 janvier 2018