Clothilde Reiss raconte : "Je vous ai ramené mes dessins. Parce que en sortant de prison j'avais un gros besoin de témoigner, mais l'écriture c'est pas vraiment mon truc, et en fait c'est encore plus des images que des mots qui m'ont marquée et j'avais envie de pouvoir sortir ces images là aussi pour que dans l'idée de pouvoir aussi montrer mes dessins et de montrer aux gens ce que j'ai vécu. Après j'ai ramené aussi des petits textes que j'avais collés dans ma chambre en fait à l'ambassade qui me donnaient du courage et donc y'en a une qui vient de Persépolis le livre de Marjane Satrapie : "la peur nous fait perdre notre conscience elle nous transforme en lâche." et donc  cette phrase a chaque fois je me la répétais,  quand je devais aller au tribunal et que j'étais terrifiée je me disais n'aies pas peur ne sois pas lâche, affronte ton destin." Incarcérée dans les geôles iraniennes pour avoir été témoin des émeutes meurtrières survenues à Ispahan, elle fut internée le 1er juillet, 2009, alors qu'elle s'apprêtait à rentrer chez elle, en France. Libérée après dix mois de détention, elle recouvre la liberté, en mai 2010. "Ensuite ils m'ont emmené à Irvin. On m'a emmenée dans une partie de la prison section 209 d'Irvin. ils m'ont bandé les yeux. ils m'ont demandé de me déshabiller... de me mettre toute nue, même de baisser ma culotte de m'asseoir. Je me suis retrouvée nue dans cette cour puis on m'a donné des tenues de prisonnière. Je me suis retrouvée toute nue dans cette cour." Incarcérée dans les geôles iraniennes pour avoir été témoin des émeutes meurtrières survenues à Ispahan, elle fut internée le 1er juillet, 2009, alors qu'elle s'apprêtait à rentrer chez elle, en France. Libérée après dix mois de détention, elle recouvre la liberté, en mai 2010. "Ensuite ils m'ont emmené à Irvin. On m'a emmenée dans une partie de la prison section 209 d'Irvin. ils m'ont bandé les yeux. ils m'ont demandé de me déshabiller... de me mettre toute nue, même de baisser ma culotte de m'asseoir. Je me suis retrouvée nue dans cette cour puis on m'a donné des tenues de prisonnière. Je me suis retrouvée toute nue dans cette cour."

Ses phrases, ses mots, sa douleur : "on m'emmène dans la cellule où j'ai passé 47 jours. On dort parterre. Une de mes premières phrases était de demander si on va me torturer. Est-ce qu'on va me donner des coups ? Si on se retrouve avec quelqu'un qui souffre et qui va mal on va toutes mal. Ils ont cherché à me faire peur. On vient te chercher dans la cellule et ça c'est une angoisse terrible. Et tout d'un coup il y a la gardienne qui vient : "Toi" ! Les yeux bandés. On t'assoie sur une chaise face à un mur, les yeux bandés... fatigue psychologique. Trois quatre hommes derrière toi ! toute question c'est donné la main à de la torture psychologique ; c'est toi qui sais jusqu'à quand tu es là ! On se protège par le silence en fait. Personne ne s'occupe de toi ! Tu peux rester ici des années ! Le plus difficile c'était de voir le temps passé... le temps à ne rien faire. 23 ans ! j'ai eu mon anniversaire le 31 juillet : 24 ans. Mon monde c'était la prison et je pensais à rien d'autre. Les filles pleuraient ; qu'elles n'avaient rien fait ! J'ai vu un jeune homme de 19 ans se présenter à la barre ; ce garçon était très maigre, très pâle, très affaibli... Le garçon de 19 ans a été pendu en janvier dernier... Le jour du jugement dernier est arrivé...  Tout ça  c'était déjà pensé. On était déjà jugé avant même de parler. Et oui je m'excuse d'avoir fait tout ça ! et je vous demande de m'excuser. On m'a demandé d'avouer tout ce que j'avais fait. J'ai été libérée une semaine après, je ne savais pas que j'allais être libérée. Je l'ai vu Saeed Mortazavi ! très connu pour sa violence. La prison où il ya eu des viols, il y a eu des morts ! Un homme terrible, regard très dur, très froid ! J'ai laissé une fille toute seule derrière moi. Ca c'est une phrase de Rûmi : "si tu es avec tout le monde puisque tu es sans moi, tu es seule ; si tu es seule puisque tu es avec moi tu es avec tout le monde." Travail de recherche réalisé par Jean Canal les 13 et 14 juin. Archives France Culture.   

Commentaire : les épreuves que cette jeune fille a subies ne l'ont pas privée de sa dignité. Toute injustice laisse des traces indélébiles qui insufflent suffisamment de force pour que la vérité surgisse du mensonge ; cette évocation d'une détention arbitraire fondée sur un chantage fait à l'Occident n'est pas tolérable, ici comme ailleurs. La conquête des libertés et leur surveillance est loin d'être définitivement acquise. Maintenant plus que jamais la ténacité doit voisiner avec l'opiniâtreté. Notre société aussi policée soit-elle souffre également de carences en matière judiciaire. Une vigilance extrême est à observer au quotidien pour ne pas être privé de nos droits inaliénables. La citoyenneté que la société du XXI° siècle prépare au moyen de principes sociaux stéréotypés ne s'inscrira pas dans cette réactivité que provoque un relent de spontanéité révolutionnaire ! La passivité due sans doute à la culture de l'individualisme au cœur des villes impersonnelles risque fort de priver les citoyens de leurs droits à prétendre à une liberté toute relative, et cela dans l'inconscient collectif... Jean Canal 18 juin 2010.