Ses
phrases, ses
mots, sa douleur
:
"on m'emmène
dans la cellule
où j'ai passé 47
jours. On dort
parterre. Une de
mes pr
emières
phrases était de
demander si on
va me torturer.
Est-ce qu'on va
me donner des
coups ? Si on se
retrouve avec
quelqu'un qui
souffre et qui
va mal on va
toutes mal. Ils
ont cherché à me
faire peur. On
vient te
chercher dans la
cellule et ça
c'est une
angoisse
terrible. Et
tout d'un coup
il y a la
gardienne qui
vient : "Toi" !
Les yeux bandés.
On t'assoie sur
une chaise face
à un mur, les
yeux bandés...
fatigue
psychologique.
Trois quatre
hommes derrière
toi ! toute
question c'est
donné la main à
de la torture
psychologique ;
c'est toi qui
sais jusqu'à
quand tu es là !
On se protège
par le silence
en fait.
Personne ne
s'occupe de toi
! Tu peux rester
ici des années !
Le plus
difficile
c'était de voir
le temps
passé... le
temps à ne rien
faire. 23 ans !
j'ai eu mon
anniversaire le
31 juillet : 24
ans. Mon monde
c'était la
prison et je
pensais à rien
d'autre. Les
filles
pleuraient ;
qu'elles
n'avaient rien
fait ! J'ai vu
un jeune homme
de 19 ans se
présenter à la
barre ; ce
garçon était
très maigre,
très pâle, très
affaibli... Le
garçon de 19 ans
a été pendu en
janvier
dernier... Le
jour du jugement
dernier est
arrivé...
Tout ça
c'était déjà
pensé. On était
déjà jugé avant
même de parler.
Et oui je
m'excuse d'avoir
fait tout ça !
et je vous
demande de
m'excuser. On
m'a demandé
d'avouer tout ce
que j'avais
fait. J'ai été
libérée une
semaine après,
je ne savais pas
que j'allais
être libérée. Je
l'ai vu Saeed
Mortazavi ! très
connu pour sa
violence. La
prison où il ya
eu des viols, il
y a eu des morts
! Un homme
terrible, regard
très dur, très
froid ! J'ai
laissé une fille
toute seule
derrière moi. Ca
c'est une phrase
de Rûmi :
"si tu es avec
tout le monde
puisque tu es
sans moi, tu es
seule ; si tu es
seule puisque tu
es avec moi tu
es avec tout le
monde." Travail
de recherche
réalisé par Jean
Canal les 13 et
14 juin.
Archives France
Culture.
Commentaire : les épreuves que cette jeune fille a subies ne l'ont pas privée de sa dignité. Toute injustice laisse des traces indélébiles qui insufflent suffisamment de force pour que la vérité surgisse du mensonge ; cette évocation d'une détention arbitraire fondée sur un chantage fait à l'Occident n'est pas tolérable, ici comme ailleurs. La conquête des libertés et leur surveillance est loin d'être définitivement acquise. Maintenant plus que jamais la ténacité doit voisiner avec l'opiniâtreté. Notre société aussi policée soit-elle souffre également de carences en matière judiciaire. Une vigilance extrême est à observer au quotidien pour ne pas être privé de nos droits inaliénables. La citoyenneté que la société du XXI° siècle prépare au moyen de principes sociaux stéréotypés ne s'inscrira pas dans cette réactivité que provoque un relent de spontanéité révolutionnaire ! La passivité due sans doute à la culture de l'individualisme au cœur des villes impersonnelles risque fort de priver les citoyens de leurs droits à prétendre à une liberté toute relative, et cela dans l'inconscient collectif... Jean Canal 18 juin 2010.