LA LETTRE de fin d’année de la Rédaction

By | janvier 7, 2018

LA LETTRE DE FIN D'ANNÉE DE LA RÉDACTION

  LA LETTRE DE FIN D'ANNÉE DE LA RÉDACTION. A la lecture de Quelques chapitres du « Traité du gouvernement civil » de John Locke, rédigé en 1690, il apparaît soudainement une évidence dans l'avènement de la démocratie qui s'ensuivra au fil des siècles à venir. Très loin, évidemment, de celle d'Athènes, instituée sous Périclès au IV° siècle avant Jésus Christ, la démocratie contemporaine, paradoxalement, se manifesta d'abord avec l'indépendance des États-Unis, en préambule de ce qui allait devenir un modèle pour l'Europe. Certes, les idées issues de l'ancien continent ayant traversé l'Atlantique, elles revinrent avec les Lumières qui allumèrent les premières lueurs d'une aube qui devait se lever sur les souverainetés européennes afin d'abolir des siècles de servitude ! A la fin du moyen-âge la pensée s'épanouissait vers une ambition géopolitique construite sur l'héritage gréco-latin ; tandis que la religion disputait toujours le pouvoir aux souverains. 

 L'évolution vers une République (25 septembre 1792) ne se fit pas sans heurs contradictoires sur l'interprétation qu'il fallait lui donner. 1789 sonna le glas de la monarchie en annonçant la fin de mille cinq cents ans de règne d'obéissance : l'exécution du roi signa la fin d'un ancien régime honni de l'intérieur ! Le peuple avide de vengeance décima ses origines historiques au nom de la liberté. Malgré l'origine aristocratique de la Révolution qui puisa ses sources au cœur de ceux qui en avait écrit les préceptes (Montesquieu, Diderot, Rousseau et Voltaire, etc.), c'est le peuple qui jugera de son avenir dont le tribunal se tint sur l'échafaud !  Le XXI° siècle ne semble plus préoccuper par la démocratie évoquée par Locke de laquelle il fera l'expérience, sous les lumières de Rousseau, Montesquieu et Alexis de Tocqueville plus tard, entre autres de ces penseurs qui ont débattu durant des événements majeurs dans l'histoire des libertés individuelles. Sa pratique fait preuve à chaque instance du pouvoir de son efficacité souveraine pour débattre sur des sujets sociétaux encore d'actualité, lesquels ne trouvent aujourd'hui plus qu'hier de solution satisfaisante pour apaiser les mécontentements constants des populations versatiles et enclines à subir un système adopté souverainement par tous. Les clivages entre classes sociales se sont accentués par l'accaparement de richesses favorables aux uns et au détriment des autres. Les valeurs ne représentent plus celles liées à une éthique, contrairement aux pays moins riches qui parviennent à cultiver une certaine idée de l'existence toute relative à leur condition déplorable. Les recommandations des penseurs antérieurs à notre contemporanéité et inscrits dans les annales intellectuelles de notre histoire des idées ne prévalent plus pour appréhender le monde de façon à se préserver des risques éminents qui encourent. Désormais, la principale préoccupation d'un état est de savoir à quelle place il se situe dans la hiérarchie des conquêtes économiques en vigueur. Il semble indispensable et salutaire pour toute une nation d'être compétitive afin de pouvoir concurrencer un adversaire indéfini ! Et le phénomène est tellement réel que la conviction est le sujet qui anime le politique dans toute sa perspicacité ! Relayé avec un système intellectuel pratiquement indolore qui se développe sous des formes audiovisuelles, ce principe de précaution devient une règle adoptée, en signe de sauvegarde nationale !

                       A l'heure actuelle, nous ne sommes libérés d'aucun joug asservissant toujours notre pensée...elle-même sujette à des variations idéologiques répondant à nos ressentiments collectifs. Le peuple n'a jamais été autant inculte de lui-même, par lui-même et auquel il incombe la responsabilité de son état ! Tout ira dorénavant très vite de sorte à ne s'apercevoir qu'après coup du résultat inattendu de ce que nous avons produit en amont de cet acquiescement tacite relatif à notre volonté de rester au service de la Société ! Une prison à l'air libre, sans barreau aux fenêtres, ni chaîne aux pieds ! Telle est cette société nouvelle qui semble d'ores et déjà convenir à tous. Vous me permettrez de rester en dehors de vos fréquentations et de prétendre au droit à l'indépendance individuelle...

  Jean Canal. Décembre 2017. (photo de rue "streetart" Sète.)