Mustapha Amarouche : articles

By | 11 août 2020

Articles de Mustapha Amarouche

LE KABYLE ET L'EXIL L'exilé est une peine vivante, car même apaisés les tourments matériels, l'âme est toujours à la quête de soi, dans une recherche désespérée mais vaine de tout ce qui lui rappelle son lieu de naissance. L'oiseau n'oublie jamais l'arbre d'où il a déployé ses ailes pour prendre son premier envol.

Le montagnard est doublement exilé car, habitué aux vastes espaces où se dilue le regard, il est oppressé entre les murs de la cité.Ses jambes, ses yeux n'avaient pas de limites. Il devra dorénavant être rectiligne, discipliner ses gestes, ses regards, 'se civiliser', taire les voies enjouées de son âme.

Si le passé n'est effectivement parfait que dans ses souvenirs, c'est à l'aune de ses émerveillements magnifiés par la nostalgie qu'il mesurera toute joie à venir. Ce passé l'a quitté, le présent le fuit, mais tous deux le marquent définitivement de leur empreinte. Il est là, mais son ombre court toujours dans les ruelles et les sentiers qui avaient empli ses yeux.

Il était un, il se retrouve deux dans ce qui est moins un enrichissement qu' un écartèlement car en lui vivent désormais deux êtres aux contours tellement incertains qu'il lui semble abriter deux fantômes.

"Le regard que nous posons sur les êtres et les choses est tout d'abord organique, il décline la forme physique. À ce stade, cette première apparence est identique pour tous. Puis cette image est décryptée par les filtres de notre moi, tissés par notre histoire personnelle, notre parcours de vie, notre sensibilité, qui l'habillent, lui donnent un contenu émotionnel. Ainsi un chien n'est pas vu de la même manière par un homme qui a déjà été mordu et par un autre qui n'a connu de cet animal que les caresses affectueuses de la langue. Cela s'applique à tout, y compris les enjeux sociaux. Et nous réagissons différemment à la même situation car les hommes regardent au même endroit, mais ne voient pas la même chose."

Mustapha Amarouche ...Le printemps était là, il faisait un beau soleil et le gazon dans les parcs avait reverdi. Le réveil végétal se faisait doucement, comme si les arbres étaient encore sous l’effet du long hiver qui avait gelé le sol en profondeur et arrêté toute vie végétative. Les arbres commençaient déjà à gonfler leurs bourgeons sous la montée progressive de la sève. Les moineaux étaient en alerte, ils voletaient de branche en branche, faisant la fête au soleil qui caressait leurs petits corps, petites boules de plumes ayant survécu aux très basses températures qui tueraient un homme nu en quelques secondes. Ces petits oiseaux étaient un miracle de vie éternellement renouvelé.

Tudert se sentait anormalement fatiguée après sa journée de travail. Depuis quelques jours, elle avait des nausées matinales et la sensation d’une angoisse sourde, indéfinissable, qui venait par à-coups. Avec ses règles qui ne venaient pas, elle avait toutes les raisons de se croire enceinte. Plusieurs fois, par défi ou juste par envie, elle ne s’était pas protégée pendant ses relations charnelles avec Nathan.
Elle voulait en être certaine, elle se dirigea vers la pharmacie la plus proche. Elle ne voulait pas faire le test à l’hôpital où elle travaillait. Une demi-heure plus tard, elle rendit son sourire à la pharmacienne. Oui, elle était enceinte. Elle sourit, serra le poing de satisfaction. Elle n’était pas stérile comme voulait le lui imposer son ex-mari Bassam. Non, un bébé était en germe dans ses entrailles. Elle était emplie d’un bonheur immense en même temps que d’une appréhension sourde, une inquiétude indéfinissable. Comme si cette grossesse illégitime allait contre toute la mémoire de ses ancêtres. Elle sentit soudain toute sa lignée pointant contre elle un doigt accusateur. Elle écarta ses pensées. Pour le moment, elle savourait ce bonheur, sa main caressa son ventre, s’attarda sur le cratère du nombril. Elle sentait presque la petite vie qui palpitait en elle...
Éditions Convergences ISBN 978-2-924871-02-7
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TUNISIE: LA RÉVOLUTION DU JASMIN AGONISE DANS L'ISLAMISME.
La révolution tunisienne, qui a fait tomber le dictateur Ben Ali, a échoué, inévitablement et lamentablement, dans les marécages de l'islamisme. Le parti islamiste Ennahda au pouvoir vient de donner la preuve que l'islam politique ne peut enfanter que la dictature.
Il vient de condamner une blogueuse tunisienne à 6 mois de prison ferme pour crime de lèse-islam. Emna Chargui avait publié, sur sa page Facebook, un post satirique incitant à se protéger du Coronavirus, rédigé sous forme de verset coranique. Cela avait suffi pour qu'elle soit convoquée, jugée et condamnée. Entre temps, elle avait reçu des milliers de menaces de mort, de viol, de condamnations infernales. Toutes ces menaces, le pouvoir ne les a pas vues.
Il était inévitable qu'une révolution infiltrée par les islamistes aboutisse à une situation pire que la dictature précédente. L'islam politique ne peut garantir les libertés, il est là pour les écraser et soumettre les corps et les esprits.
L'islam politique est un cimetière des libertés et une fabrique de malheurs.


CHERIFI : UNE ÉCRITURE DE HAUT VOL
quand on lit Laakri Cherifi, on est impressionné par l'agencement impeccable de ses mots, la précision de sa sémantique, la fluidité de son cours, la pertinence de ses idées, la beauté intrinsèque contenue dans ses textes et le souffle poétique qui s'en dégage.
Elle vient de publier une oeuvre majeure sur les chanteuses kabyles. C'est un livre dense, savant, qui interroge à la fois l'histoire, la sociologie, la poésie et la musique sur une longue période depuis les balbutiements du chant féminin jusqu'à aujourd'hui. Un livre très instructif, bien écrit où l'auteure a mis toute sa sensibilité et son gout de la précision.
On y découvre les chanteuses avec leurs histoires personnelles, leur entourage familial, leur milieu de vie. Chrifa, Djamila, Nouara, Nora, et tant d'autres ont dû s’exiler du village vers la ville, de leur communauté vers l'inconnu, de leurs quartiers vers la place publique. Elles ont gagné la liberté de chanter, mais l'ont payée chèrement en perdant leurs familles qui les ont souvent reniées. Elles ont perdu leurs noms pour n'être plus que des prénoms légers sans filiation et sans âme. Mais elles ont libéré la parole des femmes qui, auparavant, n'était qu'un souffle inaudible, un murmure dans les patios et les arrières cours, à l'ombre du mâle dominant.
Ces illustres pionnières ont posé les premières pierres de la chanson féminine kabyle. Beaucoup de jeunes chanteurs d'aujourd’hui reprennent leurs chansons mot à mot et leurs mélodies sans même les citer. Le cas de Cherifa est édifiant.
Laakri cherifi est docteur en lettres modernes et cinéma. Elle est enseignante, écrivaine, chroniqueuse, scénariste et sémiologue de cinéma, Laakri Cherifi poursuit depuis quelques années des recherches sur le cinéma maghrébin, français et américain, ainsi que l’histoire des Berbères en Afrique du Nord.
BRAVO LAAKRI CHERIFI!

 

UN AN DE PRISON FERME POUR AMIRA BOURAOUI

Amira Bouraoui, gynécologue, militante de la démocratie est condamnée à un an de prison ferme. Au delà de sa souffrance personnelle et celle de ses enfants orphelins de sa présence, il y a cette intolérable atteinte à la pensée et à la libre expression.

Cette terre algérienne est 'Terre des femmes', elle est pavée de noms de toutes celles qui, depuis des millénaires, ont participé ou conduit la résistance aux invasions. Kahena, Fadhma N'soumer, Zoulikha Oudai, Hania El Hourra, Djamila Bouhired, Hassiba Ben Bouali, Zohra Drif et tant d'autres ont laissé leurs noms à la postérité.

Depuis l'indépendance, d'autres femmes ont pris le relais pour dire non à l’oppression, non à la pensée unique, non à l'islam politique qui ambitionnait de faire disparaître l’Algérie en tant que nation et société pour installer la charia islamique. Quels que soient leurs itinéraires personnels, ces héroïnes ont milité et continuent de le faire.

Louiza Hanoune, Nouria Benghabrit, Khalida Toumi, Leila Aslaoui, Zoubida Assoul et beaucoup d'autres ont apporté leur énergie à la lutte pour le meilleur.

À l'heure des réseaux sociaux, on se rend compte à quel point les femmes sont plus courageuses, plus déterminées, plus engagées dans les combats pour la démocratie et la liberté, toutes les libertés. Le cœur du mouvement populaire, le Hirak, est féminin. Elles s'expriment en poésie, en textes percutants, en littérature, en analyses fines et pertinentes, en courage et en lumière.

On peut mettre une femme en prison, mais ses idées demeurent libres.

PS: 'Terre des femmes' est le titre d'un roman de Nassira Belloula.


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LE NOUVEL ANTI-RACISME EST UN RACISME DÉGUISÉ EN HUMANISME.

Abnousse Shalmani, écrivaine française d'origine iranienne

...Nous ne pouvons pas parler de racisme systémique en France car ce serait insulter la mémoire de ceux qui sont nés ailleurs qui ont fait la France. Hegesippe Jean Legitimus, premier et plus jeune député noir en 1898, mais aussi les Senghor, Houphouet Bogny...sans oublier Rama yade, Harlem Desir, Rachida Dati, Christiane Taubira et jusqu' à la porte parole du gouvernement actuel Sibeth Ndiaye, sont des figures publiques et légitimes...

... Une image m'a particulièrement glacée : lors de la manifestation de soutien à Adama Traoré, un policier français noir se fait harceler par la foule qui lui crie 'vendu! t'as pas honte?' ... Reprocher à un homme noir d’être policier équivaut exactement d'interdire à un homme noir l’accès à la députation, à un bar ou un mariage sous prétexte de sa couleur....

...Sous entendre que tout blanc est mauvais... et que tout noir est victime, c'est réduire tous les hommes...

...Tous les habitants de banlieue ne sont pas des voyous, tous les noirs ne sont pas dealers, tous les blancs ne sont pas riches et racistes...

...L’ascenseur social est en panne, qui ralentit l’accès des non bourgeois aux postes de pouvoir et pérennise un système de castes qui se joue dès la maternelle....

...Combattre le racisme en utilisant un vocabulaire raciste n'est pas de l'antiracisme, mais le renouveau de la ségrégation...

...La culture française est assez solide pour résister à la déferlante anti-raciste qui n'est qu'un racisme déguisé en humanisme...

Abnousse Shalmani est née en Iran sous le régime islamique instauré par khomeiny. Elle est arrivée en France à huit ans sans parler français. Elle est opposée au féminisme islamique qui défend le voile au nom de la liberté: ''non, il n'y a rien de honteux, de répréhensible, de sale dans un corps de femme. Il n'y a rien dans ce corps qui justifie de lui imposer un code vestimentaire, […] de le recouvrir de pudeur tout en se réclamant de la liberté''
Abnouse Shalmani a une voix grave dans un corps mince. Ses doigts fins et nerveux accompagnent son débit de parole, fluide et continu, les mots semblent lui venir sans efforts. Elle vit en métèque, comme 'une liberté qui flotte', libre du passé qui reste en mémoire, avec un amour total de la langue française et de la littérature, 'le seul pays d'où on ne peut pas me virer'.


LAISSEZ LES PARLER, LAISSEZ LES VIVRE !

L’image contient peut-être : 4 personnes, gros planDans ce reportage tant décrié, des jeunes filles et garçons ont osé parler sans mettre la muselière de l'hypocrisie. Ils ont osé dire leurs rêves échoués dans le carcan de l'unanimisme, leurs fraîche jeunesse prise dans les rets des interdits. Ils ont exprimé leur amertume, leur désespoir d’être dans un pays où la vie est circonscrite dans le cercle étroit du halal et du haram.

Ils ont parlé de leurs pulsions de vie enfouies profondément dans notre inconscient collectif par la peur du qu'en dira-t-on, la peur des oreilles faussement chastes, la peur de l'enfer d'ici et de l'au-delà. Ils ont osé prononcé les mots interdits: sexe, alcool, embrasser... Sacrilège! Crime abominable!

Et ils ont parlé en français, en très bon français, ce butin de guerre Katebien, une langue nationale que certains continuent encore de nier, voire de criminaliser.

Ces jeunes qui ont parlé sont le vrai Hirak, le Hirak de celles et ceux qui veulent la liberté de vivre, de boire et de manger ce qu'ils veulent, de croire ou de ne pas croire, de briser le cercle des interdits séculaires dressés par le fanatisme et la tradition.

Il est certainement plus facile d'abattre un homme, un système même que de briser les murs des prisons mentales. Beaucoup de peuples l'ont appris à leur dépens en se retrouvant, après leurs révolutions, dans des situations encore plus affligeantes. Les cas de l'Iran, de l'Egypte, de la Tunisie, devraient servir de leçons universelles.

Pour être un moteur des libertés, d'un avenir meilleur pour toutes les algériennes et algériens, le mouvement populaire ne peut faire l'économie de la clarification idéologique afin qu'il neutralise les porteurs d'obscurité. Car, tels des hyènes qui ont senti le sang de la bête blessée, les islamistes sont à l’affût. Leurs réactions envers ces jeunes sont très révélatrices de leur volonté non amendable de réprimer les libertés les plus élémentaires.

À ces jeunes qui ont parlé, bravo! Vous êtes l’espoir.


UN ISLAMISTE S'ATTAQUE À UNE FRESQUE.

Quand la beauté aura disparu de ce monde, que restera t'il? À quoi sert il de vivre, est il encore possible de sourire à l'éveil du jour? Quand toutes les lumières seront éteintes, à quoi bon même se lever les matins?

Un monde sans femmes, sans chevelures, sans fresques, sans musiques, sans rien. Rien. Rien que le silence dans la vaste obscurité ou on n’entendra plus que les complaintes lugubres de la mort?

Abou Pinceau a effacé à la peinture le visage féminin de cette fresque d'une rue de la capitale algérienne. Il a purifié la rue de la beauté qui la souillait.

- Il faut effacer les yeux- lui lance son ami portant une barbe.

Ah! Ces yeux, ces yeux de femme qui osent regarder! Ces yeux criminels qui osent s'approprier le monde. Il faut les fermer!

-Nous avons fait cela pour Allah tout puissant- disent ils à la fin de leur acte purificateur.

Ils rêvent de tout effacer, d'instaurer la charia islamique, puis de tout faire pour aller vivre en France ou au canada.

Les monstres sont parmi nous.


Un imam laïc et moderne
Ce n'est pas seulement son apparence qui bat en brèche les clichés rédhibitoires de la laideur sacralisée. Car Hocine Drouiche, imam de Nîmes, est bel homme, sans chéchia superfétatoire sur la tête, sans tache sombre au front, sans barbe hirsute, et surtout sans cette haine sacerdotale qui gît, menaçante, dans le regard de certains de nos dévots et qui part comme une balle à la vue de la liberté ou de la beauté en mouvement.

Ses idées sont des vagues de fraîcheur dans les miasmes délétères de la sous-pensée islamiste arc-boutée dans la haine de la différence, l'ignorance élevée comme vertu, l'éro-misogynie pathologique, l’antisémitisme assumé. Est il l'hirondelle qui annonce le printemps dans ces aires de désolation mentale où les jeunes, empêchés de vivre par la barrière des interdits, demandent aux télé-prédicateurs la couleur des cheveux des vierges du paradis?

On voit très rarement un imam défendre les athées, la liberté de croire ou de ne pas croire, on voit très rarement un imam aller en Israël pour promouvoir la paix ou s’opposer résolument à l'islam politique. Hocine Drouiche est une exception courageuse en cette période où le monde musulman est vidé de son intelligence et piégé dans le cercle étroit du halal et du haram.


DEFI RELEVÉ:SUITE

'VASTE EST LA PRISON' D'ASSIA DJEBAR

...Longtemps, j'ai cru qu'écrire c'était mourir, mourir lentement. Déplier à tâtons un linceul de sable ou de soie sur ce que l'on a connu piaffant, palpitant. L'éclat de rire gelé. Le début de sanglot pétrifié.
Oui, longtemps, parce que, écrivant, je me remémorais, j'ai voulu m'appuyer contre la digue de la mémoire, ou contre son envers de pénombre, pénétrée peu à peu de son froid. Et la vie s'émiette; et la trace vive se dilue. Ecrire sur le passé, les pieds empêtrés dans un tapis de prière, qui ne serait pas même une natte de jute ou de crin, jetée au hasard sur la poussière d'un chemin à l'aurore, ou au pied d'une dune friable, sous le ciel immense d'un soleil couchant. Silence de l'écriture, vent du désert qui tourne sa meule inexorable, alors que ma main court, que la langue du père (langue d'ailleurs muée en langue paternelle) dénoue peu à peu, sûrement, les langes de l'amour mort; et le murmure affaibli des aïeules loin derrière, la plainte hululante des ombres voilées flottant à l'horizon, tant de voix s'éclaboussent dans un lent vertige de deuil- alors que ma main court...

Fatma Zora Imalayene, dite Assia Djebar est née le 30 juin 1936 à Cherchell, à une centaine de kilomètres à l’ouest d'Alger.Elle a enseigné à Alger, Rabat, à l’université de Louisiane et de New York. elle a été productrice de cinéma et écrivaine. Elle a été élue à l'académie française .
Rares sont les écrivains dont les mots reflètent à la perfection l'image, au point d'en paraître comme le prolongement émotionnel désincarné. Assia Djebar était passionnée d'être femme, mais femme non pas de la soumission, non pas du renoncement à elle même, mais femme du refus, femme du verbe car elle a repris la parole féminine confisquée, étouffée, qui ne s'exprimait jusqu'ici qu'en murmures, en plaintes silencieuses dans les patios, dans les arrières cours. Elle écrit comme elle respire, dans une narration non linéaire, en rebonds, suivant les courbes de ses émotions, de ses voyages intérieurs dans sa mémoire vouée au silence, mais qu'elle ressuscite par des arrachements, des plaintes, des cris qui résonnent dans la vaste prison des femmes.


'L’image contient peut-être : 1 personne, plein air et gros planRUE DES TAMBOURINS' DE MARIE-LOUISE TAOS AMROUCHE

..Je garde le souvenir d'un sommeil déchiré, de loin en loin, par le sifflement du train dans la nuit. Depuis, où que je sois, dès qu'un train siffle, la nuit, je sens comme un fin poignard fendre mon âme, et ce sont les petites gares d'Afrique du Nord qui surgissent illuminées, avec leurs grands eucalyptus, leurs faux poivriers et leurs bouquets de géraniums, ces petites gares désertes, trop neuves et trop blanches sous le ciel vide.
Nous étions dix, en nous comptant tous. Et la grappe que nous formions ne m'avait jamais tant frappée par sa lourdeur et le serré de ses grains...

Taos Amrouche dans 'Rue des tambourins'.

Kabyle, chrétienne, écrivaine et chanteuse du répertoire ancestral venu du fonds des ages, Marie Louise Taos a vécu à la confluence de deux cultures, celle de ses parents kabyles chrétiens et la culture française. Une dense trame émotionnelle issue de son déchirement et de son ouverture aux quatre vents habite ses mots finement ciselés. Sa voix, quand elle déclame les chants transmis par sa mère, charrie cette volonté typiquement kabyle, cette force de vivre, d'exister encore et toujours, dans la joie comme dans le malheur. La voix de Taos rejoint les berceuses et les clameurs des temps anciens.

 

 

 

 

 

 

 

 

EN KABYLIE, LE FIGUIER POUSSE PARTOUT...

L’image contient peut-être : plante, ciel, arbre, plein air et natureC'est un arbre d'une rusticité à toute épreuve, résistant à la chaleur estivale et au gel. Il prospère dans la plaine et la montagne, dans les ubacs frais et les adrets brûlants, sur les terrains argileux ou les sols sableux, au bord de l'eau ou sur les roches arides. Il peut vivre plusieurs siècles.

Il pousse sur les murs, incrustant ses racines entre les pierres. Il émerge du béton avec la même force, profitant d'un trou par où germe sa graine qui , lentement, introduit ses racines jusqu'à la terre. Il jaillit des fonds d'un ouvrage d'art, d'une maison en ruines. Il peuple de sa présence les maisons abandonnées, comme dernier rempart avant l'oubli.

Le figuier est un angiosperme dont le fruit est fait d’un ensemble de fleurs protégées par un réceptacle appelé sycone. il y a trois sortes de figuier:

-Le figuier mâle ou caprifiguier ou dokkar dont les fleurs mâles sont en proéminence dans le réceptacle.
- Le figuier bifère ou avakour qui produit deux générations de figues, la première étant non fécondée.
- Le figuier femelle, le plus répandu en Kabylie car les fruits peuvent se conserver sous forme de figues sèches.

La pollinisation se fait grâce au blastophage, petit insecte dont la larve vit dans le figuier mâle. Au printemps, l'insecte mature sort et va pondre dans la première figue rencontrée en s'introduisant par le méat situé à l'opposé du pédoncule.En transportant le pollen du figuier mâle, Il assure ainsi la fécondation des figues femelles. Celles qui ne sont pas fécondées tombent à terre.

Le plus grand figuier que j'ai vu se trouvait à Thaouit Oulakhrif dans la région de Tizi Rached. Le propriétaire de ce figuier gigantesque me dit que du temps de son père, il pouvait abriter 4 pair de bœufs sous l'ombre de sa ramure.


LA FEMME AU SOMMET DE L'HUMAIN

La religion, judaïque, chrétienne et islamique, a volé à la femme sa dignité en la rabaissant au rang de simple outil de plaisir du mâle. Elle lui a volé toutes ses libertés comme on déplume les ailes d’un oiseau.

Mais la religion lui a volé plus que cela.

En la faisant naître, toute honte bue, de la côte de l’homme, la religion a inversé le rapport de procréation et l’a dépossédée de son acte le plus noble, le plus important: donner naissance à l’humanité toute entière. L'évidence est devenue mensonge, et le mensonge est devenue réalité pour une grande partie de l'humanité qui se laisse berner encore par la fable de la genèse.

C'est l’homme qui vient de la femme et non l'inverse.

Des femmes ont combattu toute leur vie, d'autres continuent de le faire, pour plus de droits, plus de dignité. Tous les combats vrais des femmes se font, forcement, contre leur ennemi principal : la matrice religieuse et patriarcale, qui les avilit, nie leur humanité.

Simone Veil, rescapée de la Shoah, femme de lumière, a fait voter le droit à l’avortement, redonnant à la femme la propriété de son corps.

Thérèse Casgrain a travaillé avec d'autres femmes à faire reconnaître les droits des femmes, en particulier le droit de vote et d'éligibilité au niveau québécois.

Nasrin Sotoudeh, avocate iranienne a défendu les manifestants contre le régime des mollahs et défendu les femmes qui enlèvent leur voile. Elle est détenue en prison en Iran. En mars dernier, la justice de son pays, basée sur l’islam, la condamnait à trente-trois ans de détention et 148 coups de fouet supplémentaires.

Djamila Bouhired a lutté pour l’indépendance de son pays l'Algérie. Démocrate, moderniste, elle est une icone de la liberté pour les femmes et les hommes.

Taous ait Mesghat écrit, de très belle façon. Ses écrits, lus et partagés des milliers de fois, sont comme des fleurs sur un champ de bataille.

Les femmes algériennes, à l'instar de Samira Messouci, Louisa Ighilahriz, Nor El Houda Oggadi, sont dans la rue depuis plus d’un an. Elles rejettent le système, veulent la démocratie. Elles subissent la répression, la prison parfois, mais maintiennent l’espoir dans un pays où la menace islamiste est toujours présente.

L'ISLAM POLITIQUE EST-IL SOLUBLE DANS LA DÉMOCRATIE?

Voila ce que disait Ali Benhadj :

-Il n'y a pas de démocratie parce que la seule source de pouvoir, c'est Allah, à travers le Coran, et non le peuple.

- Si le peuple vote contre la loi d'Allah, cela n'est rien d'autre qu'un blasphème. Dans ce cas, il faut tuer ces mécréants pour la bonne raison que ces derniers veulent substituer leur autorité à celle d'Allah.

- Sachez que la démocratie est étrangère dans la maison d'Allah.

-Prenez garde à celui qui vient vous dire que la notion de démocratie existe en islam. Il n'y a pas de démocratie en islam. La démocratie est kofr [mécréance] » (Ali Benhadj, Horizons, 23 février 1989).

-Je ne respecte ni les lois, ni les partis qui n'ont pas le Coran. Je les piétine sous mes pieds. Ces partis doivent quitter le pays. Ils doivent être réprimés. » (Ali Belhadj, dans un meeting à El Koléa, Alger Républicain, 5 avril 1991).

250 000 morts plus tard, certaines figures du mouvement populaire veulent réhabiliter l'islam politique en Algérie en se réunissant avec Ali Benhadj et un sociologue, théoricien de 'la régression féconde', veut faire signer aux islamistes un pacte de non violence!!!!.


Regardez! On voit ici des figures respectées du mouvement populaire algérien entourant Ali Benhadj, l'islamiste notoire, à la chéchia blanche et à l'âme noire. Cet homme était un dirigeant du Front Islamique du Salut, dont l'insurrection a fait 250 000 morts pendant la décennie noire en Algérie.
Que fait Bouchachi et le moudjahid Bouregaa avec Ali Benhadj?
Pendant la décennie noire, rouge du sang des innocents, Ali Benhadj était un beau parleur, il savait haranguer les foules, les chauffer à blanc pour les dresser contre la démocratie. Il était la sève idéologique des terroristes. Il disait: La démocratie est koffr ( mécréance). Il ne croyait ni aux droits de l'homme, ni aux libertés individuelles et collectives, ni à la constitution. Pour Ali Benhadj, la seule loi doit être le Coran, il le disait clairement. Il ajoutait que tout gouvernement non coranique doit être abattu.
Seule la charia doit régner. Ali Benhadj était le verbe de la mort qui frappait les intellectuels, les chanteurs, les artistes, les militants démocrates, les appelés du service national, les militaires, les policiers et les gendarmes égorgés avec des sourates du Coran. S'il le fallait, il aurait voulu exterminer tout le peuple pour que règne la charia islamique.
Que font les figures du hirak avec cet homme aux mains rouges?
Le peuple algérien ne veut plus la charia, il veut la démocratie, les libertés individuelles et collectives, les droits de l'homme et la dignité pour toutes et tous. Il ne veut plus des gouffres de l'obscurité mais les sentiers de lumière, du progrès, de l'avenir.
Le peuple algérien vous regarde et se pose des questions

 

ZITH TAFRAHT: UNE HUILE BIOLOGIQUE

Ait Frah est réputé pour ses vastes oliveraies dont les frontières vont aussi aussi loin que les terres des Ath Douala, Takhoukhth, Ath Yenni, Ait Atelli et Azouza. Partout où l'on se tient, on voit des oliviers à perte de vue. On est frappé d'autant plus par l’étendue de ces oliveraies quand on pense que chaque arbre a été élevé individuellement par les mains minutieuses de paysans patients et laborieux. Chacun des centaines de milliers d'arbres a été greffé sur oléastre naturel,entretenu, débroussaillé, taillé, et le sol porteur labouré régulièrement. Ce vaste patrimoine oléicole est le fruit d'un long travail séculaire, exigeant patience, savoir faire, et efforts. Les oliveraies se transmettent d'une génération à l'autre, comme un legs très précieux.

L'huile est obtenue soit par pression des meules de granit, soit par centrifugation, selon le choix de l’oléiculteur. Elle est biologique. En effet, les oliviers sont conduits sans aucun engrais, sans pesticides. Ils ne reçoivent aucun produit chimique.

Zith Thafrahth a été exposée pour la première fois au salon international de l'agriculture à paris par Mr Omar Houali qui, en la matière, a suivi les traces de son père Hadj El Hocine dans le respect d'une tradition familiale.

L'huile d'olive est un produit stratégique pour tous les kabyles, mais à Ait Frah elle est sacrée.

NASSIRA BELLOULA ET LE VOILE ISLAMIQUE...On a par habitude de nous exhiber le mot « choix » lorsqu’on évoque le port du voile, la liberté personnelle notamment. Or, dans cette histoire millénaire, et ancestrale du voile qui nous vient du fin fond des âges, seuls les musulmans ont en fait une obligation divine...

…Personne ne peut nier que le voile est une tradition et non pas un devoir coranique. Malheureusement, certaines voix éclairantes qui s’élèvent pour dénoncer sa pratique obligatoire se heurtent à celles plus nombreuses et malhonnêtes comme des érudits, des imams, des prédicateurs et autres… qui refusent de lever ce lourd équivoque…car c’est reconnaître la femme comme un être humain et non comme un « péché ambulant » qu’il faut dissimuler…

…Les musulmans même instruits ne lisent pas le Coran, et n'ont pas de libre arbitre. Ils sont encore dépendants des exégètes, d’il y’a quatorze siècles, et n’arrivent pas à se construire leurs propres opinions…

…Ce terrible choix qui est l’excuse toute trouvée pour celles qui le portent pour répondre soit à Dieu (selon elles), soit à l’homme de la maison (mari, époux, frère), soit pour ne pas heurter la sensibilité d’une société oppressive. Et, ce même choix est refusé, nié, dénié, rejeté pour celles qui ne le portent pas. Les femmes qui refusent de porter le voile subissent jusqu’à l’assassinat, la lapidation, l’emprisonnement, et dans d’autres cas comme l’Algérie, les insultes, les dénigrements, les offenses, les humiliations et vexations…

…Les femmes sont maintenues dans un archaïsme séculaire qui les empêche d’évoluer comme des êtres humains à part entière...

Nassira Belloula est une écrivaine algéro-québécoise. Elle vient de publier son dernier roman ' J'ai oublié d’être Sagan' à Montreal. Cette grande écrivaine est connue pour sa spontanéité, ses analyses lucides et courageuses, souvent à contre courant des idées reçues, des certitudes figées. Elle écrit comme elle respire, naturellement, avec poésie, finesse et beauté.

AMANI BALLOUR, MÉDECIN SOUS LES BOMBES

Beaucoup de médecins de par le monde ont des salaires faramineux, vivent dans le luxe après leurs heures de travail où, souvent, leurs mains ne touchent même plus les patients. Au Quebec, un médecin perçoit en une journée plus que le salaire mensuel d'un travailleur d'usine. Ces médecins, séparés du peuple par leurs salaires extravagants, sont séparés des patients par les machines qui font presque tout à leur place.

Amani Ballour est un médecin dans cette Syrie martyre en proie à l'affrontement géostratégique des grandes puissances. Elle dirige un hôpital souterrain où elle accueille, soigne, réconforte les blessés en tous genres: corps déchiquetés par les bombes, enfants étouffant sous les armes chimiques, femmes et hommes ayant perdu des bras, des jambes et dont le sang coule à flots...

Amani Ballour a dû lutter contre ses parents qui ne voulaient pas qu'elle devienne médecin, ni qu'elle prenne part aux manifestations parmi le peuple. Son métier est un sacerdoce, une épreuve quotidienne où la mort et le danger sont présents chaque instant. Elle travaille à la frontière des deux mondes, la vie et la mort, le cœur qui s'arrête et l'espoir qui bat encore... Il y a encore des médecins, comme Amani Ballour pour lesquels le serment d'Hippocrate garde tout son sens...M.A.28 décembre 2019.Certaine image évoque un contexte dans une situation de laquelle nous ne sommes pas étrangers, ne serait-ce, comme le soulignait Lévinas, que par le fait de connaître l'origine de cette représentation déshumanisée en une période sacrée. Commentaire de Jean Canal.


UN GÉNÉRAL EST MORT

Ma pensée va:

-Aux détenus du drapeau amazigh, emprisonnés parce qu’ils ont porté haut l’identité algérienne ancestrale et authentique, niée, combattue, diabolisée depuis l'independance à nos jours. Vous êtes des héroïnes et des héros. L'Histoire retiendra vos noms auréolés de gloire.

-À toutes celles et ceux qui ont perdu un œil, qui voulaient tant voir la liberté avec les deux yeux. Puisse la lumière de votre cœur compenser celle qui vous a été volée.

-À Louiza Hanoune, femme de combat politique, pacifique.

- À Karim Tabbou, dont je ne partage pas certaines idées, notamment son concept très dangereux de démocratie basée sur les principes islamiques, mais il n'a pas sa place en prison.

- À Lakhdar Bouregaa, un authentique amjahedh, qui, après avoir contribué à mettre fin à la colonisation, se voit jeté en prison à l'automne de sa vie.

- À tous les détenus du Hirak, à travers le territoire national.

Pensée à celles et ceux qui maintiennent la flamme de l'espoir, par leurs écrits, leurs paroles, leurs militantisme.

Pensée particulière à Aouicha Bekhti avocate des détenus et militante infatigable, à nos icônes Djamila Bouhired et Louiza Ighilahriz, et à la reine du verbe Taous Ait Mesghat.

-Pensée au maître du mot juste, aux analyses fines, lucides et prémonitoires, à l'homme de pensée et d'action, Said Sadi.

Pensée à la Kabylie laïque et rebelle, dont le soleil finira par illuminer toute l’Algérie. 23 décembre 2019. M.A.


SARAH HALIMI OU L'HORREUR IMPUNIE

Le 4 juillet 2017, Sarah Halimi, médecin retraitée de 65 ans, juive, est tirée de son lit par un homme qui s’était introduit par la fenêtre. Il la roua de coups, la tortura aux cris de Satan!, Satan!. Les cris de Sarah furent entendus des voisins qui appelèrent la police.

Pendant une demi heure, Kobili Traoré s'acharna sur Sarah Halimi, méthodiquement, impitoyablement. insensible aux cris et aux suppliques de sa victime, il accompagnait ses coups d'insultes antisémites: sale juive! Il lui cassa tous les os du visage avec les coups de poings et de pied.

Quelques minutes plus tard, sous les yeux des voisins et des policiers postés dans la cour de l'immeuble, comme dans un film d'épouvante, Sarah Halimi fut jetée du 3 ème étage par le meurtrier et s’écrasa au sol.

Le meurtrier, Kobili Traoré, originaire d'Afrique, est placé en garde à vue, puis rapidement hospitalisé. Il disait: je viens de tuer le Sheitan! Les analyses détectèrent du cannabis dans son sang. Il fut soustrait à la police qui ne put pas le questionner.

Hier, 19 décembre 2019, le meurtrier vient d’être déclaré pénalement irresponsable car il avait pris du cannabis au moment du meurtre. La cour d'appel de Paris a conclu à l'abolition du discernement chez lui.

Pour la famille de la suppliciée et les observateurs de la justice française devenue une cour des miracles,

SARAH HALIMI VIENT D’ÊTRE ASSASSINÉE UNE DEUXIÈME FOIS. M.A. 20 décembre 2019.


LES ALGÉRIEN(NE)S DISENT NON AUX ELECTIONS.

Le calendrier électoral concocté par le pouvoir est rejeté par le peuple, globalement et dans le détail. Des marches grandioses ont lieu sur tout le territoire national pour dire non à cette opération que le peuple qualifie de manœuvre de pérennisation du système. Des affrontements ont parfois lieu avec les forces de l'ordre.

Dans la diaspora, on assiste à la même mobilisation, avec la tenue de vigiles près des consulats pour dissuader les électeurs potentiels.

Les algérien(ne)s de Montréal ont manifesté leur opposition par une marche grandiose depuis la place du Canada jusqu'au consulat. La diaspora montréalaise est particulièrement active, mobilisée, avec ses mots d'ordre, ses drapeaux national et amazigh, et une participation majeure des femmes qui sont au cœur de la contestation.

Une vigile se tient devant le consulat tous les jours.

LE PEUPLE ALGÉRIEN , PACIFIQUE ET DÉTERMINÉ PLUS QUE JAMAIS

Depuis neuf mois, le peuple algérien manifeste son désir irrépressible d'une démocratie véritable. Des millions de personnes, femmes, hommes, étudiants, retraités, amazighophones, arabophones, francophones battent le pavé dans toutes les villes et régions d’Algérie. La diaspora en France, au Canada, et ailleurs, est en phase avec le mouvement, elle apporte son encouragement et sa voix à l’extérieur.

Aucune voiture brûlée, aucune vitrine cassée, aucune agression contre les forces de l'ordre, pourtant déployées en force.

Le peuple a déjoué toutes les tentatives du pouvoir de le diviser, de l'affaiblir. Il a chassé les islamistes de la rue, montrant par là que ce mouvement est celui de la lumière, pas celui de l'obscurité. Il a refusé l'arrestation des porteurs de l’emblème amazigh, malgré les décennies de négation politique de cette identité dont sont porteurs tous les algériens.

Nous assistons à un mouvement populaire, politique et pacifique unique en son genre dans l'histoire de l'humanité.

Le peuple algérien frappe avec force à la porte de la démocratie, elle finira par s'ouvrir.

LE PEUPLE A DIT NON!


UNE QUÉBÉCOISE D'ORIGINE IRANIENNE:

-LES RELIGIEUX NOUS ONT VOLÉ NOTRE PAYS-.

J'ai discuté avec une iranienne ici à Montréal. Elle et ses parents on quitté l'Iran après la prise du pouvoir par Khomeiny et l'instauration de la charia islamique. Elle raconte:

«Je ne suis jamais retournée en Iran que je ne considère plus comme mon pays. Les mollahs nous l'ont volé. Tu sais, je me rappelle bien, même si j'étais jeune à l'époque. Si une famille faisait la fête chez elle, un voisin pouvait appeler la police qui venait mettre fin brutalement à la joie et procédait à des arrestations. La musique était un crime. Et si la police trouvait des femmes et des hommes dans la même pièce, ou des femmes sans voile, c'était très grave» .

Elle baisse la tête, le front traversé par une ombre, les yeux inquiets, comme si elle a encore peur aujourd'hui.
«Mais la langue persane persiste dans ma bouche et parfois on parle persan entre amis ici, le cœur très lourd»

Elle ajoute que l'alcool était interdit et que les gens fabriquaient des boissons chez eux, en cachette, des boissons artisanales et donc dangereuses.

«Mon pays est une prison, une vaste prison. Nous nous sentons un peu coupables de nous amuser ici, alors que nos sœurs et nos frères en sont privés», dit elle, avec son sourire plein de charme et de nostalgie désespérée.

Toute la douleur que ne peuvent dire ses mots est contenue dans ses yeux d'un noir de jais. Je mesure toute la détresse de cette femme, bannie de son pays à la civilisation millénaire devenue un mouroir où les cadavres des pendus se balancent des jours durant, exposés au public, alors que les cheveux des femmes sont un crime.


ASMA LAMRABET : LA RELIGION, ÉLÉMENT DÉCISIF DANS LE PASSAGE À L'ACTE RADICAL
...Parmi les multiples causes de ce que l'on appelle la radicalisation au nom de l'islam -toutes intimement imbriquées- on peut citer : la lecture wahabo-rigoriste, les causes géopolitiques, les violences économiques, urbaines, éducationnelles, la désocialisation des jeunes d'aujourd'hui (et j'en passe)....Mais il y a cependant un dénominateur commun qui signe le "passage à l'acte" et qui est le religieux même s'il se fait très vite et en retard chez ces jeunes "déculturés". Et il se base sur cette vision traditionaliste latente, immuable, présente dans les ouvrages de base de "presque" toutes les tendances islamiques confondues... (extrait de son post).

Fidèle à ses habitudes, Asma Lamrabet secoue le cocotier de la bien-pensance islamique qui nie tout lien entre religion et violence sociale dans une affligeante position de déni. Or en cette matière, plus qu'en toute autre, le verbe précède le geste. Car est coupable non seulement la personne qui commet l'acte, mais aussi, et surtout, tous ceux qui, en amont, ont patiemment alimenté, à l'aide de la parole haineuse, son aversion mortelle de la liberté et de la différence.

Cette nébuleuse des coupables est si vaste, quand on pense que les 'les musulmans au paradis et les non musulmans en enfer' est devenu un lieu commun dans la bouche de maints prêcheurs et transmise comme vérité irréfragable au fidèle ordinaire. En somme, le radical ne fait qu’exécuter une sentence largement partagée. Il y a heureusement des intellectuels musulmans, de plus en plus nombreux, qui remettent en question cette façon de considérer l'Autre pour le percevoir comme frère en humanité.

Courageuse Asma Lamrabet.

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