Les articles de Mustapha Amarouche

By | 28 décembre 2019

Articles de Mustapha Amarouche

"Le regard que nous posons sur les êtres et les choses est tout d'abord organique, il décline la forme physique. À ce stade, cette première apparence est identique pour tous. Puis cette image est décryptée par les filtres de notre moi, tissés par notre histoire personnelle, notre parcours de vie, notre sensibilité, qui l'habillent, lui donnent un contenu émotionnel. Ainsi un chien n'est pas vu de la même manière par un homme qui a déjà été mordu et par un autre qui n'a connu de cet animal que les caresses affectueuses de la langue. Cela s'applique à tout, y compris les enjeux sociaux. Et nous réagissons différemment à la même situation car les hommes regardent au même endroit, mais ne voient pas la même chose."

AMANI BALLOUR, MÉDECIN SOUS LES BOMBES

Beaucoup de médecins de par le monde ont des salaires faramineux, vivent dans le luxe après leurs heures de travail où, souvent, leurs mains ne touchent même plus les patients. Au Quebec, un médecin perçoit en une journée plus que le salaire mensuel d'un travailleur d'usine. Ces médecins, séparés du peuple par leurs salaires extravagants, sont séparés des patients par les machines qui font presque tout à leur place.

Amani Ballour est un médecin dans cette Syrie martyre en proie à l'affrontement géostratégique des grandes puissances. Elle dirige un hôpital souterrain où elle accueille, soigne, réconforte les blessés en tous genres: corps déchiquetés par les bombes, enfants étouffant sous les armes chimiques, femmes et hommes ayant perdu des bras, des jambes et dont le sang coule à flots...

Amani Ballour a dû lutter contre ses parents qui ne voulaient pas qu'elle devienne médecin, ni qu'elle prenne part aux manifestations parmi le peuple. Son métier est un sacerdoce, une épreuve quotidienne où la mort et le danger sont présents chaque instant. Elle travaille à la frontière des deux mondes, la vie et la mort, le cœur qui s'arrête et l'espoir qui bat encore... Il y a encore des médecins, comme Amani Ballour pour lesquels le serment d'Hippocrate garde tout son sens...M.A.28 décembre 2019.Certaine image évoque un contexte dans une situation de laquelle nous ne sommes pas étrangers, ne serait-ce, comme le soulignait Lévinas, que par le fait de connaître l'origine de cette représentation déshumanisée en une période sacrée. Commentaire de Jean Canal.


UN GÉNÉRAL EST MORT

Ma pensée va:

-Aux détenus du drapeau amazigh, emprisonnés parce qu’ils ont porté haut l’identité algérienne ancestrale et authentique, niée, combattue, diabolisée depuis l'independance à nos jours. Vous êtes des héroïnes et des héros. L'Histoire retiendra vos noms auréolés de gloire.

-À toutes celles et ceux qui ont perdu un œil, qui voulaient tant voir la liberté avec les deux yeux. Puisse la lumière de votre cœur compenser celle qui vous a été volée.

-À Louiza Hanoune, femme de combat politique, pacifique.

- À Karim Tabbou, dont je ne partage pas certaines idées, notamment son concept très dangereux de démocratie basée sur les principes islamiques, mais il n'a pas sa place en prison.

- À Lakhdar Bouregaa, un authentique amjahedh, qui, après avoir contribué à mettre fin à la colonisation, se voit jeté en prison à l'automne de sa vie.

- À tous les détenus du Hirak, à travers le territoire national.

Pensée à celles et ceux qui maintiennent la flamme de l'espoir, par leurs écrits, leurs paroles, leurs militantisme.

Pensée particulière à Aouicha Bekhti avocate des détenus et militante infatigable, à nos icônes Djamila Bouhired et Louiza Ighilahriz, et à la reine du verbe Taous Ait Mesghat.

-Pensée au maître du mot juste, aux analyses fines, lucides et prémonitoires, à l'homme de pensée et d'action, Said Sadi.

Pensée à la Kabylie laïque et rebelle, dont le soleil finira par illuminer toute l’Algérie. 23 décembre 2019. M.A.


SARAH HALIMI OU L'HORREUR IMPUNIE

Le 4 juillet 2017, Sarah Halimi, médecin retraitée de 65 ans, juive, est tirée de son lit par un homme qui s’était introduit par la fenêtre. Il la roua de coups, la tortura aux cris de Satan!, Satan!. Les cris de Sarah furent entendus des voisins qui appelèrent la police.

Pendant une demi heure, Kobili Traoré s'acharna sur Sarah Halimi, méthodiquement, impitoyablement. insensible aux cris et aux suppliques de sa victime, il accompagnait ses coups d'insultes antisémites: sale juive! Il lui cassa tous les os du visage avec les coups de poings et de pied.

Quelques minutes plus tard, sous les yeux des voisins et des policiers postés dans la cour de l'immeuble, comme dans un film d'épouvante, Sarah Halimi fut jetée du 3 ème étage par le meurtrier et s’écrasa au sol.

Le meurtrier, Kobili Traoré, originaire d'Afrique, est placé en garde à vue, puis rapidement hospitalisé. Il disait: je viens de tuer le Sheitan! Les analyses détectèrent du cannabis dans son sang. Il fut soustrait à la police qui ne put pas le questionner.

Hier, 19 décembre 2019, le meurtrier vient d’être déclaré pénalement irresponsable car il avait pris du cannabis au moment du meurtre. La cour d'appel de Paris a conclu à l'abolition du discernement chez lui.

Pour la famille de la suppliciée et les observateurs de la justice française devenue une cour des miracles,

SARAH HALIMI VIENT D’ÊTRE ASSASSINÉE UNE DEUXIÈME FOIS. M.A. 20 décembre 2019.


LES ALGÉRIEN(NE)S DISENT NON AUX ELECTIONS.

Le calendrier électoral concocté par le pouvoir est rejeté par le peuple, globalement et dans le détail. Des marches grandioses ont lieu sur tout le territoire national pour dire non à cette opération que le peuple qualifie de manœuvre de pérennisation du système. Des affrontements ont parfois lieu avec les forces de l'ordre.

Dans la diaspora, on assiste à la même mobilisation, avec la tenue de vigiles près des consulats pour dissuader les électeurs potentiels.

Les algérien(ne)s de Montréal ont manifesté leur opposition par une marche grandiose depuis la place du Canada jusqu'au consulat. La diaspora montréalaise est particulièrement active, mobilisée, avec ses mots d'ordre, ses drapeaux national et amazigh, et une participation majeure des femmes qui sont au cœur de la contestation.

Une vigile se tient devant le consulat tous les jours.

LE PEUPLE ALGÉRIEN , PACIFIQUE ET DÉTERMINÉ PLUS QUE JAMAIS

Depuis neuf mois, le peuple algérien manifeste son désir irrépressible d'une démocratie véritable. Des millions de personnes, femmes, hommes, étudiants, retraités, amazighophones, arabophones, francophones battent le pavé dans toutes les villes et régions d’Algérie. La diaspora en France, au Canada, et ailleurs, est en phase avec le mouvement, elle apporte son encouragement et sa voix à l’extérieur.

Aucune voiture brûlée, aucune vitrine cassée, aucune agression contre les forces de l'ordre, pourtant déployées en force.

Le peuple a déjoué toutes les tentatives du pouvoir de le diviser, de l'affaiblir. Il a chassé les islamistes de la rue, montrant par là que ce mouvement est celui de la lumière, pas celui de l'obscurité. Il a refusé l'arrestation des porteurs de l’emblème amazigh, malgré les décennies de négation politique de cette identité dont sont porteurs tous les algériens.

Nous assistons à un mouvement populaire, politique et pacifique unique en son genre dans l'histoire de l'humanité.

Le peuple algérien frappe avec force à la porte de la démocratie, elle finira par s'ouvrir.

LE PEUPLE A DIT NON!


UNE QUÉBÉCOISE D'ORIGINE IRANIENNE:

-LES RELIGIEUX NOUS ONT VOLÉ NOTRE PAYS-.

J'ai discuté avec une iranienne ici à Montréal. Elle et ses parents on quitté l'Iran après la prise du pouvoir par Khomeiny et l'instauration de la charia islamique. Elle raconte:

«Je ne suis jamais retournée en Iran que je ne considère plus comme mon pays. Les mollahs nous l'ont volé. Tu sais, je me rappelle bien, même si j'étais jeune à l'époque. Si une famille faisait la fête chez elle, un voisin pouvait appeler la police qui venait mettre fin brutalement à la joie et procédait à des arrestations. La musique était un crime. Et si la police trouvait des femmes et des hommes dans la même pièce, ou des femmes sans voile, c'était très grave» .

Elle baisse la tête, le front traversé par une ombre, les yeux inquiets, comme si elle a encore peur aujourd'hui.
«Mais la langue persane persiste dans ma bouche et parfois on parle persan entre amis ici, le cœur très lourd»

Elle ajoute que l'alcool était interdit et que les gens fabriquaient des boissons chez eux, en cachette, des boissons artisanales et donc dangereuses.

«Mon pays est une prison, une vaste prison. Nous nous sentons un peu coupables de nous amuser ici, alors que nos sœurs et nos frères en sont privés», dit elle, avec son sourire plein de charme et de nostalgie désespérée.

Toute la douleur que ne peuvent dire ses mots est contenue dans ses yeux d'un noir de jais. Je mesure toute la détresse de cette femme, bannie de son pays à la civilisation millénaire devenue un mouroir où les cadavres des pendus se balancent des jours durant, exposés au public, alors que les cheveux des femmes sont un crime.


ASMA LAMRABET : LA RELIGION, ÉLÉMENT DÉCISIF DANS LE PASSAGE À L'ACTE RADICAL
...Parmi les multiples causes de ce que l'on appelle la radicalisation au nom de l'islam -toutes intimement imbriquées- on peut citer : la lecture wahabo-rigoriste, les causes géopolitiques, les violences économiques, urbaines, éducationnelles, la désocialisation des jeunes d'aujourd'hui (et j'en passe)....Mais il y a cependant un dénominateur commun qui signe le "passage à l'acte" et qui est le religieux même s'il se fait très vite et en retard chez ces jeunes "déculturés". Et il se base sur cette vision traditionaliste latente, immuable, présente dans les ouvrages de base de "presque" toutes les tendances islamiques confondues... (extrait de son post).

Fidèle à ses habitudes, Asma Lamrabet secoue le cocotier de la bien-pensance islamique qui nie tout lien entre religion et violence sociale dans une affligeante position de déni. Or en cette matière, plus qu'en toute autre, le verbe précède le geste. Car est coupable non seulement la personne qui commet l'acte, mais aussi, et surtout, tous ceux qui, en amont, ont patiemment alimenté, à l'aide de la parole haineuse, son aversion mortelle de la liberté et de la différence.

Cette nébuleuse des coupables est si vaste, quand on pense que les 'les musulmans au paradis et les non musulmans en enfer' est devenu un lieu commun dans la bouche de maints prêcheurs et transmise comme vérité irréfragable au fidèle ordinaire. En somme, le radical ne fait qu’exécuter une sentence largement partagée. Il y a heureusement des intellectuels musulmans, de plus en plus nombreux, qui remettent en question cette façon de considérer l'Autre pour le percevoir comme frère en humanité.

Courageuse Asma Lamrabet.