Mustapha Amarouche : articles

By | 11 mars 2020

Articles de Mustapha Amarouche

LE KABYLE ET L'EXIL L'exilé est une peine vivante, car même apaisés les tourments matériels, l'âme est toujours à la quête de soi, dans une recherche désespérée mais vaine de tout ce qui lui rappelle son lieu de naissance. L'oiseau n'oublie jamais l'arbre d'où il a déployé ses ailes pour prendre son premier envol.

Le montagnard est doublement exilé car, habitué aux vastes espaces où se dilue le regard, il est oppressé entre les murs de la cité.Ses jambes, ses yeux n'avaient pas de limites. Il devra dorénavant être rectiligne, discipliner ses gestes, ses regards, 'se civiliser', taire les voies enjouées de son âme.

Si le passé n'est effectivement parfait que dans ses souvenirs, c'est à l'aune de ses émerveillements magnifiés par la nostalgie qu'il mesurera toute joie à venir. Ce passé l'a quitté, le présent le fuit, mais tous deux le marquent définitivement de leur empreinte. Il est là, mais son ombre court toujours dans les ruelles et les sentiers qui avaient empli ses yeux.

Il était un, il se retrouve deux dans ce qui est moins un enrichissement qu' un écartèlement car en lui vivent désormais deux êtres aux contours tellement incertains qu'il lui semble abriter deux fantômes.

"Le regard que nous posons sur les êtres et les choses est tout d'abord organique, il décline la forme physique. À ce stade, cette première apparence est identique pour tous. Puis cette image est décryptée par les filtres de notre moi, tissés par notre histoire personnelle, notre parcours de vie, notre sensibilité, qui l'habillent, lui donnent un contenu émotionnel. Ainsi un chien n'est pas vu de la même manière par un homme qui a déjà été mordu et par un autre qui n'a connu de cet animal que les caresses affectueuses de la langue. Cela s'applique à tout, y compris les enjeux sociaux. Et nous réagissons différemment à la même situation car les hommes regardent au même endroit, mais ne voient pas la même chose."

Mustapha Amarouche ...Le printemps était là, il faisait un beau soleil et le gazon dans les parcs avait reverdi. Le réveil végétal se faisait doucement, comme si les arbres étaient encore sous l’effet du long hiver qui avait gelé le sol en profondeur et arrêté toute vie végétative. Les arbres commençaient déjà à gonfler leurs bourgeons sous la montée progressive de la sève. Les moineaux étaient en alerte, ils voletaient de branche en branche, faisant la fête au soleil qui caressait leurs petits corps, petites boules de plumes ayant survécu aux très basses températures qui tueraient un homme nu en quelques secondes. Ces petits oiseaux étaient un miracle de vie éternellement renouvelé.

Tudert se sentait anormalement fatiguée après sa journée de travail. Depuis quelques jours, elle avait des nausées matinales et la sensation d’une angoisse sourde, indéfinissable, qui venait par à-coups. Avec ses règles qui ne venaient pas, elle avait toutes les raisons de se croire enceinte. Plusieurs fois, par défi ou juste par envie, elle ne s’était pas protégée pendant ses relations charnelles avec Nathan.
Elle voulait en être certaine, elle se dirigea vers la pharmacie la plus proche. Elle ne voulait pas faire le test à l’hôpital où elle travaillait. Une demi-heure plus tard, elle rendit son sourire à la pharmacienne. Oui, elle était enceinte. Elle sourit, serra le poing de satisfaction. Elle n’était pas stérile comme voulait le lui imposer son ex-mari Bassam. Non, un bébé était en germe dans ses entrailles. Elle était emplie d’un bonheur immense en même temps que d’une appréhension sourde, une inquiétude indéfinissable. Comme si cette grossesse illégitime allait contre toute la mémoire de ses ancêtres. Elle sentit soudain toute sa lignée pointant contre elle un doigt accusateur. Elle écarta ses pensées. Pour le moment, elle savourait ce bonheur, sa main caressa son ventre, s’attarda sur le cratère du nombril. Elle sentait presque la petite vie qui palpitait en elle...
Éditions Convergences ISBN 978-2-924871-02-7
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LA FEMME AU SOMMET DE L'HUMAIN

La religion, judaïque, chrétienne et islamique, a volé à la femme sa dignité en la rabaissant au rang de simple outil de plaisir du mâle. Elle lui a volé toutes ses libertés comme on déplume les ailes d’un oiseau.

Mais la religion lui a volé plus que cela.

En la faisant naître, toute honte bue, de la côte de l’homme, la religion a inversé le rapport de procréation et l’a dépossédée de son acte le plus noble, le plus important: donner naissance à l’humanité toute entière. L'évidence est devenue mensonge, et le mensonge est devenue réalité pour une grande partie de l'humanité qui se laisse berner encore par la fable de la genèse.

C'est l’homme qui vient de la femme et non l'inverse.

Des femmes ont combattu toute leur vie, d'autres continuent de le faire, pour plus de droits, plus de dignité. Tous les combats vrais des femmes se font, forcement, contre leur ennemi principal : la matrice religieuse et patriarcale, qui les avilit, nie leur humanité.

Simone Veil, rescapée de la Shoah, femme de lumière, a fait voter le droit à l’avortement, redonnant à la femme la propriété de son corps.

Thérèse Casgrain a travaillé avec d'autres femmes à faire reconnaître les droits des femmes, en particulier le droit de vote et d'éligibilité au niveau québécois.

Nasrin Sotoudeh, avocate iranienne a défendu les manifestants contre le régime des mollahs et défendu les femmes qui enlèvent leur voile. Elle est détenue en prison en Iran. En mars dernier, la justice de son pays, basée sur l’islam, la condamnait à trente-trois ans de détention et 148 coups de fouet supplémentaires.

Djamila Bouhired a lutté pour l’indépendance de son pays l'Algérie. Démocrate, moderniste, elle est une icone de la liberté pour les femmes et les hommes.

Taous ait Mesghat écrit, de très belle façon. Ses écrits, lus et partagés des milliers de fois, sont comme des fleurs sur un champ de bataille.

Les femmes algériennes, à l'instar de Samira Messouci, Louisa Ighilahriz, Nor El Houda Oggadi, sont dans la rue depuis plus d’un an. Elles rejettent le système, veulent la démocratie. Elles subissent la répression, la prison parfois, mais maintiennent l’espoir dans un pays où la menace islamiste est toujours présente.

L'ISLAM POLITIQUE EST-IL SOLUBLE DANS LA DÉMOCRATIE?

Voila ce que disait Ali Benhadj :

-Il n'y a pas de démocratie parce que la seule source de pouvoir, c'est Allah, à travers le Coran, et non le peuple.

- Si le peuple vote contre la loi d'Allah, cela n'est rien d'autre qu'un blasphème. Dans ce cas, il faut tuer ces mécréants pour la bonne raison que ces derniers veulent substituer leur autorité à celle d'Allah.

- Sachez que la démocratie est étrangère dans la maison d'Allah.

-Prenez garde à celui qui vient vous dire que la notion de démocratie existe en islam. Il n'y a pas de démocratie en islam. La démocratie est kofr [mécréance] » (Ali Benhadj, Horizons, 23 février 1989).

-Je ne respecte ni les lois, ni les partis qui n'ont pas le Coran. Je les piétine sous mes pieds. Ces partis doivent quitter le pays. Ils doivent être réprimés. » (Ali Belhadj, dans un meeting à El Koléa, Alger Républicain, 5 avril 1991).

250 000 morts plus tard, certaines figures du mouvement populaire veulent réhabiliter l'islam politique en Algérie en se réunissant avec Ali Benhadj et un sociologue, théoricien de 'la régression féconde', veut faire signer aux islamistes un pacte de non violence!!!!.


Regardez! On voit ici des figures respectées du mouvement populaire algérien entourant Ali Benhadj, l'islamiste notoire, à la chéchia blanche et à l'âme noire. Cet homme était un dirigeant du Front Islamique du Salut, dont l'insurrection a fait 250 000 morts pendant la décennie noire en Algérie.
Que fait Bouchachi et le moudjahid Bouregaa avec Ali Benhadj?
Pendant la décennie noire, rouge du sang des innocents, Ali Benhadj était un beau parleur, il savait haranguer les foules, les chauffer à blanc pour les dresser contre la démocratie. Il était la sève idéologique des terroristes. Il disait: La démocratie est koffr ( mécréance). Il ne croyait ni aux droits de l'homme, ni aux libertés individuelles et collectives, ni à la constitution. Pour Ali Benhadj, la seule loi doit être le Coran, il le disait clairement. Il ajoutait que tout gouvernement non coranique doit être abattu.
Seule la charia doit régner. Ali Benhadj était le verbe de la mort qui frappait les intellectuels, les chanteurs, les artistes, les militants démocrates, les appelés du service national, les militaires, les policiers et les gendarmes égorgés avec des sourates du Coran. S'il le fallait, il aurait voulu exterminer tout le peuple pour que règne la charia islamique.
Que font les figures du hirak avec cet homme aux mains rouges?
Le peuple algérien ne veut plus la charia, il veut la démocratie, les libertés individuelles et collectives, les droits de l'homme et la dignité pour toutes et tous. Il ne veut plus des gouffres de l'obscurité mais les sentiers de lumière, du progrès, de l'avenir.
Le peuple algérien vous regarde et se pose des questions

 

ZITH TAFRAHT: UNE HUILE BIOLOGIQUE

Ait Frah est réputé pour ses vastes oliveraies dont les frontières vont aussi aussi loin que les terres des Ath Douala, Takhoukhth, Ath Yenni, Ait Atelli et Azouza. Partout où l'on se tient, on voit des oliviers à perte de vue. On est frappé d'autant plus par l’étendue de ces oliveraies quand on pense que chaque arbre a été élevé individuellement par les mains minutieuses de paysans patients et laborieux. Chacun des centaines de milliers d'arbres a été greffé sur oléastre naturel,entretenu, débroussaillé, taillé, et le sol porteur labouré régulièrement. Ce vaste patrimoine oléicole est le fruit d'un long travail séculaire, exigeant patience, savoir faire, et efforts. Les oliveraies se transmettent d'une génération à l'autre, comme un legs très précieux.

L'huile est obtenue soit par pression des meules de granit, soit par centrifugation, selon le choix de l’oléiculteur. Elle est biologique. En effet, les oliviers sont conduits sans aucun engrais, sans pesticides. Ils ne reçoivent aucun produit chimique.

Zith Thafrahth a été exposée pour la première fois au salon international de l'agriculture à paris par Mr Omar Houali qui, en la matière, a suivi les traces de son père Hadj El Hocine dans le respect d'une tradition familiale.

L'huile d'olive est un produit stratégique pour tous les kabyles, mais à Ait Frah elle est sacrée.

NASSIRA BELLOULA ET LE VOILE ISLAMIQUE...On a par habitude de nous exhiber le mot « choix » lorsqu’on évoque le port du voile, la liberté personnelle notamment. Or, dans cette histoire millénaire, et ancestrale du voile qui nous vient du fin fond des âges, seuls les musulmans ont en fait une obligation divine...

…Personne ne peut nier que le voile est une tradition et non pas un devoir coranique. Malheureusement, certaines voix éclairantes qui s’élèvent pour dénoncer sa pratique obligatoire se heurtent à celles plus nombreuses et malhonnêtes comme des érudits, des imams, des prédicateurs et autres… qui refusent de lever ce lourd équivoque…car c’est reconnaître la femme comme un être humain et non comme un « péché ambulant » qu’il faut dissimuler…

…Les musulmans même instruits ne lisent pas le Coran, et n'ont pas de libre arbitre. Ils sont encore dépendants des exégètes, d’il y’a quatorze siècles, et n’arrivent pas à se construire leurs propres opinions…

…Ce terrible choix qui est l’excuse toute trouvée pour celles qui le portent pour répondre soit à Dieu (selon elles), soit à l’homme de la maison (mari, époux, frère), soit pour ne pas heurter la sensibilité d’une société oppressive. Et, ce même choix est refusé, nié, dénié, rejeté pour celles qui ne le portent pas. Les femmes qui refusent de porter le voile subissent jusqu’à l’assassinat, la lapidation, l’emprisonnement, et dans d’autres cas comme l’Algérie, les insultes, les dénigrements, les offenses, les humiliations et vexations…

…Les femmes sont maintenues dans un archaïsme séculaire qui les empêche d’évoluer comme des êtres humains à part entière...

Nassira Belloula est une écrivaine algéro-québécoise. Elle vient de publier son dernier roman ' J'ai oublié d’être Sagan' à Montreal. Cette grande écrivaine est connue pour sa spontanéité, ses analyses lucides et courageuses, souvent à contre courant des idées reçues, des certitudes figées. Elle écrit comme elle respire, naturellement, avec poésie, finesse et beauté.

AMANI BALLOUR, MÉDECIN SOUS LES BOMBES

Beaucoup de médecins de par le monde ont des salaires faramineux, vivent dans le luxe après leurs heures de travail où, souvent, leurs mains ne touchent même plus les patients. Au Quebec, un médecin perçoit en une journée plus que le salaire mensuel d'un travailleur d'usine. Ces médecins, séparés du peuple par leurs salaires extravagants, sont séparés des patients par les machines qui font presque tout à leur place.

Amani Ballour est un médecin dans cette Syrie martyre en proie à l'affrontement géostratégique des grandes puissances. Elle dirige un hôpital souterrain où elle accueille, soigne, réconforte les blessés en tous genres: corps déchiquetés par les bombes, enfants étouffant sous les armes chimiques, femmes et hommes ayant perdu des bras, des jambes et dont le sang coule à flots...

Amani Ballour a dû lutter contre ses parents qui ne voulaient pas qu'elle devienne médecin, ni qu'elle prenne part aux manifestations parmi le peuple. Son métier est un sacerdoce, une épreuve quotidienne où la mort et le danger sont présents chaque instant. Elle travaille à la frontière des deux mondes, la vie et la mort, le cœur qui s'arrête et l'espoir qui bat encore... Il y a encore des médecins, comme Amani Ballour pour lesquels le serment d'Hippocrate garde tout son sens...M.A.28 décembre 2019.Certaine image évoque un contexte dans une situation de laquelle nous ne sommes pas étrangers, ne serait-ce, comme le soulignait Lévinas, que par le fait de connaître l'origine de cette représentation déshumanisée en une période sacrée. Commentaire de Jean Canal.


UN GÉNÉRAL EST MORT

Ma pensée va:

-Aux détenus du drapeau amazigh, emprisonnés parce qu’ils ont porté haut l’identité algérienne ancestrale et authentique, niée, combattue, diabolisée depuis l'independance à nos jours. Vous êtes des héroïnes et des héros. L'Histoire retiendra vos noms auréolés de gloire.

-À toutes celles et ceux qui ont perdu un œil, qui voulaient tant voir la liberté avec les deux yeux. Puisse la lumière de votre cœur compenser celle qui vous a été volée.

-À Louiza Hanoune, femme de combat politique, pacifique.

- À Karim Tabbou, dont je ne partage pas certaines idées, notamment son concept très dangereux de démocratie basée sur les principes islamiques, mais il n'a pas sa place en prison.

- À Lakhdar Bouregaa, un authentique amjahedh, qui, après avoir contribué à mettre fin à la colonisation, se voit jeté en prison à l'automne de sa vie.

- À tous les détenus du Hirak, à travers le territoire national.

Pensée à celles et ceux qui maintiennent la flamme de l'espoir, par leurs écrits, leurs paroles, leurs militantisme.

Pensée particulière à Aouicha Bekhti avocate des détenus et militante infatigable, à nos icônes Djamila Bouhired et Louiza Ighilahriz, et à la reine du verbe Taous Ait Mesghat.

-Pensée au maître du mot juste, aux analyses fines, lucides et prémonitoires, à l'homme de pensée et d'action, Said Sadi.

Pensée à la Kabylie laïque et rebelle, dont le soleil finira par illuminer toute l’Algérie. 23 décembre 2019. M.A.


SARAH HALIMI OU L'HORREUR IMPUNIE

Le 4 juillet 2017, Sarah Halimi, médecin retraitée de 65 ans, juive, est tirée de son lit par un homme qui s’était introduit par la fenêtre. Il la roua de coups, la tortura aux cris de Satan!, Satan!. Les cris de Sarah furent entendus des voisins qui appelèrent la police.

Pendant une demi heure, Kobili Traoré s'acharna sur Sarah Halimi, méthodiquement, impitoyablement. insensible aux cris et aux suppliques de sa victime, il accompagnait ses coups d'insultes antisémites: sale juive! Il lui cassa tous les os du visage avec les coups de poings et de pied.

Quelques minutes plus tard, sous les yeux des voisins et des policiers postés dans la cour de l'immeuble, comme dans un film d'épouvante, Sarah Halimi fut jetée du 3 ème étage par le meurtrier et s’écrasa au sol.

Le meurtrier, Kobili Traoré, originaire d'Afrique, est placé en garde à vue, puis rapidement hospitalisé. Il disait: je viens de tuer le Sheitan! Les analyses détectèrent du cannabis dans son sang. Il fut soustrait à la police qui ne put pas le questionner.

Hier, 19 décembre 2019, le meurtrier vient d’être déclaré pénalement irresponsable car il avait pris du cannabis au moment du meurtre. La cour d'appel de Paris a conclu à l'abolition du discernement chez lui.

Pour la famille de la suppliciée et les observateurs de la justice française devenue une cour des miracles,

SARAH HALIMI VIENT D’ÊTRE ASSASSINÉE UNE DEUXIÈME FOIS. M.A. 20 décembre 2019.


LES ALGÉRIEN(NE)S DISENT NON AUX ELECTIONS.

Le calendrier électoral concocté par le pouvoir est rejeté par le peuple, globalement et dans le détail. Des marches grandioses ont lieu sur tout le territoire national pour dire non à cette opération que le peuple qualifie de manœuvre de pérennisation du système. Des affrontements ont parfois lieu avec les forces de l'ordre.

Dans la diaspora, on assiste à la même mobilisation, avec la tenue de vigiles près des consulats pour dissuader les électeurs potentiels.

Les algérien(ne)s de Montréal ont manifesté leur opposition par une marche grandiose depuis la place du Canada jusqu'au consulat. La diaspora montréalaise est particulièrement active, mobilisée, avec ses mots d'ordre, ses drapeaux national et amazigh, et une participation majeure des femmes qui sont au cœur de la contestation.

Une vigile se tient devant le consulat tous les jours.

LE PEUPLE ALGÉRIEN , PACIFIQUE ET DÉTERMINÉ PLUS QUE JAMAIS

Depuis neuf mois, le peuple algérien manifeste son désir irrépressible d'une démocratie véritable. Des millions de personnes, femmes, hommes, étudiants, retraités, amazighophones, arabophones, francophones battent le pavé dans toutes les villes et régions d’Algérie. La diaspora en France, au Canada, et ailleurs, est en phase avec le mouvement, elle apporte son encouragement et sa voix à l’extérieur.

Aucune voiture brûlée, aucune vitrine cassée, aucune agression contre les forces de l'ordre, pourtant déployées en force.

Le peuple a déjoué toutes les tentatives du pouvoir de le diviser, de l'affaiblir. Il a chassé les islamistes de la rue, montrant par là que ce mouvement est celui de la lumière, pas celui de l'obscurité. Il a refusé l'arrestation des porteurs de l’emblème amazigh, malgré les décennies de négation politique de cette identité dont sont porteurs tous les algériens.

Nous assistons à un mouvement populaire, politique et pacifique unique en son genre dans l'histoire de l'humanité.

Le peuple algérien frappe avec force à la porte de la démocratie, elle finira par s'ouvrir.

LE PEUPLE A DIT NON!


UNE QUÉBÉCOISE D'ORIGINE IRANIENNE:

-LES RELIGIEUX NOUS ONT VOLÉ NOTRE PAYS-.

J'ai discuté avec une iranienne ici à Montréal. Elle et ses parents on quitté l'Iran après la prise du pouvoir par Khomeiny et l'instauration de la charia islamique. Elle raconte:

«Je ne suis jamais retournée en Iran que je ne considère plus comme mon pays. Les mollahs nous l'ont volé. Tu sais, je me rappelle bien, même si j'étais jeune à l'époque. Si une famille faisait la fête chez elle, un voisin pouvait appeler la police qui venait mettre fin brutalement à la joie et procédait à des arrestations. La musique était un crime. Et si la police trouvait des femmes et des hommes dans la même pièce, ou des femmes sans voile, c'était très grave» .

Elle baisse la tête, le front traversé par une ombre, les yeux inquiets, comme si elle a encore peur aujourd'hui.
«Mais la langue persane persiste dans ma bouche et parfois on parle persan entre amis ici, le cœur très lourd»

Elle ajoute que l'alcool était interdit et que les gens fabriquaient des boissons chez eux, en cachette, des boissons artisanales et donc dangereuses.

«Mon pays est une prison, une vaste prison. Nous nous sentons un peu coupables de nous amuser ici, alors que nos sœurs et nos frères en sont privés», dit elle, avec son sourire plein de charme et de nostalgie désespérée.

Toute la douleur que ne peuvent dire ses mots est contenue dans ses yeux d'un noir de jais. Je mesure toute la détresse de cette femme, bannie de son pays à la civilisation millénaire devenue un mouroir où les cadavres des pendus se balancent des jours durant, exposés au public, alors que les cheveux des femmes sont un crime.


ASMA LAMRABET : LA RELIGION, ÉLÉMENT DÉCISIF DANS LE PASSAGE À L'ACTE RADICAL
...Parmi les multiples causes de ce que l'on appelle la radicalisation au nom de l'islam -toutes intimement imbriquées- on peut citer : la lecture wahabo-rigoriste, les causes géopolitiques, les violences économiques, urbaines, éducationnelles, la désocialisation des jeunes d'aujourd'hui (et j'en passe)....Mais il y a cependant un dénominateur commun qui signe le "passage à l'acte" et qui est le religieux même s'il se fait très vite et en retard chez ces jeunes "déculturés". Et il se base sur cette vision traditionaliste latente, immuable, présente dans les ouvrages de base de "presque" toutes les tendances islamiques confondues... (extrait de son post).

Fidèle à ses habitudes, Asma Lamrabet secoue le cocotier de la bien-pensance islamique qui nie tout lien entre religion et violence sociale dans une affligeante position de déni. Or en cette matière, plus qu'en toute autre, le verbe précède le geste. Car est coupable non seulement la personne qui commet l'acte, mais aussi, et surtout, tous ceux qui, en amont, ont patiemment alimenté, à l'aide de la parole haineuse, son aversion mortelle de la liberté et de la différence.

Cette nébuleuse des coupables est si vaste, quand on pense que les 'les musulmans au paradis et les non musulmans en enfer' est devenu un lieu commun dans la bouche de maints prêcheurs et transmise comme vérité irréfragable au fidèle ordinaire. En somme, le radical ne fait qu’exécuter une sentence largement partagée. Il y a heureusement des intellectuels musulmans, de plus en plus nombreux, qui remettent en question cette façon de considérer l'Autre pour le percevoir comme frère en humanité.

Courageuse Asma Lamrabet.